L’origine des Marques

18 février 2015 .

Le chinois Volvo se veut encore plus scandinave

La marque aspire à hisser son luxueux XC90 au niveau des SUV  » premium « 
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Il faut croire que le moyen le plus efficace de revigorer l’identité nationale d’une marque est de s’en remettre à un actionnaire étranger. Il y a quinze ans, Renault a fait redécouvrir à Nissan ses racines japonaises, alors que BMW, Volkswagen et l’indien Tata ont ravivé avec succès la  » britannité  » de Mini, Rolls-Royce, Bentley, Land Rover ou Jaguar. Contrôlé depuis 2010 par le groupe chinois Geely, Volvo, qui s’était un peu égaré ces dernières années, s’apprête à lancer la nouvelle génération du XC90. Premier modèle bénéficiant des moyens mis à disposition par le nouvel actionnaire, ce SUV de luxe doit marquer  » un point de départ  » en convoquant les  » valeurs scandinaves « .  » Face à des constructeurs allemands bien trop rationnels, Volvo doit apparaître plus humain, plus chaleureux. Nos voitures seront plus cool « , assure Alain Visser, directeur du marketing.

Le style du XC90 semble pourtant davantage chercher à en imposer qu’à susciter l’empathie. La partie avant, avec ses surfaces délibérément peu travaillées, presque brutes de décoffrage, ne manque pas de chien mais le profil comme la partie arrière sont moins expressifs. A travers ce style qui doit incarner le concept de  » luxe robuste « , transparaissent les priorités stratégiques du nouveau vaisseau amiral de Volvo dont les deux tiers des ventes devraient se répartir, à parts à peu près égales, entre la Chine et les Etats-Unis. Deux marchés où l’on apprécie les voitures opulentes et corpulentes.

L’habitacle du XC90 évoque plus sûrement un certain raffinement nord-européen. A contre-courant de la plupart de ses concurrents, Volvo a doté sa voiture de larges surfaces vitrées qui laissent entrer beaucoup de lumière, ce dont s’accordent parfaitement les matériaux de belle qualité et l’agencement strict mais chic du mobilier intérieur. D’où le curieux choix d’installer au pied de la console centrale une mollette  » à effet diamanté  » et, sur le modèle le plus huppé, un non moins kitsch levier de vitesses en cristal rétro éclairé. A moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil bling-bling à la clientèle sino-américaine. Cette même clientèle devrait également apprécier que le XC90 soit disponible en sept places, avec une troisième rangée de fauteuils moins inconfortable qu’on aurait pu le redouter.

Fidèle à ses exigences en matière d’ergonomie, Volvo a réduit à huit le nombre de boutons installés autour du poste de conduite. Une économie bienvenue mais qui impose de s’aventurer plus souvent dans les arborescences de la tablette tactile. Au chapitre de la sécurité, domaine où Volvo a perdu son leadership, le constructeur annonce une kyrielle d’équipements électroniques (freinage d’urgence automatique, régulateur de vitesse adaptatif…) dont certains sont inédits, comme la pré-tension des ceintures de sécurité en cas de détection d’une sortie de route.

Une véritable attractionRequinquer l’identité Volvo imposait aussi un discours environnemental plus volontariste. Honorablement connu pour ses mécaniques cinq-cylindres, le constructeur a décidé de revenir à des quatre-cylindres (deux litres), quitte à les suralimenter et/ou leur adjoindre deux turbocompresseurs. Ce choix permet de contenir les émissions de CO2, d’alléger le poids et, en réduisant le volume du compartiment moteur, d’élargir un peu la marge de manœuvre des designers. Reste que la masse (2 tonnes) de l’engin impose des mécaniques très puissantes dont le caractère écologique ne saute pas forcément aux yeux.

Energique, le diesel T5 de 225 ch à double turbo que nous avons pu tester fait cependant bonne impression au chapitre de la consommation. Il sera rejoint par un T4 de 190 ch, également doté d’un double turbo. Quant au brillant T6 essence de 320 ch, il ne connaîtra guère le succès chez nous, compte tenu du malus écologique de 4 000  euros qui lui est imposé.

Le T8, un hybride essence rechargeable, est présenté par Volvo comme une véritable attraction. Cette  » électrification  » de la gamme XC90 offre une autonomie théorique de près de 40 kilomètres sans solliciter le moteur essence et une puissance théorique cumulée de 400 ch.

Au volant, cette version T8 nous est apparue franchement décevante. Les 2,3 tonnes du T8 bâillonnent une mécanique qui manque de mordant et rendent la conduite assez peu plaisante. Les dirigeants de la marque assurent qu’ils se donneront les moyens d’ajuster le tir d’ici à la commercialisation, en septembre, de cet hybride rechargeable.

De même, la sonorité, plutôt frustrante, de ses quatre-cylindres mécaniques va amener le constructeur à en améliorer la musicalité en usant d’effets acoustiques artificiels par le biais du système audio. Pour s’installer durablement dans le gotha des marques  » premium « , Volvo sait qu’il lui faudra y mettre le prix. Ses clients devront faire de même ; les tarifs de la nouvelle XC90 débutent à 49 900  euros pour culminer à 79 500  euros.

Jean-Michel Normand

© Le Monde

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