Artcurial en Asie

Tintin et Picasso aux enchères d’Artcurial en Chine
Cent dix-sept lots seront mis en vente les 5 et 6 octobre. Une première en Asie pour la maison parisienne

 

Pas question pour Artcurial, la maison de vente aux enchères, propriété des familles Dassault et Pastor, de rivaliser avec Christie’s et Sotheby’s. Mais à l’ombre des géants, elle veut se faire une place au soleil en jouant sur son sens de la contre-offre commerciale et artistique. Elle organise, lundi 5 et mardi 6 octobre, sa première vente d’art, en deux sessions, à Hongkong (Chine), intitulée  » From Paris to Hongkong « , en collaboration avec Spink, une maison britannique multiséculaire, spécialisée dans la vente par colis express.

Au total, 117 lots vont être dispersés pour un montant dont l’estimation varie entre 8 et 12 millions d’euros. Artcurial ne joue pas son va-tout en Asie, mais la maison, qui pour l’instant s’est renforcée essentiellement en Europe – un bureau sera ouvert à Munich à la fin du mois d’octobre –, décidera, en fonction du bilan de cette vente, soit de persévérer en Extrême-Orient, là où le marché de l’art connaît une vraie effervescence, soit de manière plus classique, de se développer à l’Ouest, en s’installant aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’Asie est la deuxième place du marché de l’art, et Hongkong, où ont afflué beaucoup de collectionneurs sur la dernière décennie, se distingue par son dynamisme.

La vente est en quelque sorte conçue comme une vitrine dévoilant le savoir-faire d’Artcurial et met à l’honneur des secteurs non traditionnels, dans lesquels elle s’est fait une réputation, comme la vente de voitures de collection ou les planches d’artistes de bandes dessinées, mais aussi des toiles de quelques maîtres occidentaux (un Picasso, un Renoir, des Bernard Buffet) et d’autres surprises. La vente est organisée par Isabelle Bresset, directrice associée qui a travaillé dix ans chez Christie’s avant de rejoindre Artcurial, où elle a dirigé le département objet d’art et mobilier et ouvert le département d’Asie.  » Notre atout, ce que l’on ne nous voit pas venir « , dit-elle.

Ainsi, Artcurial a fait convoyer d’Europe en Asie un roadster Mercedes 300 SL, gris métallisé, une voiture de sport mythique, dont le premier modèle a été dévoilé le 6 février 1954, au Salon de New York. Le modèle présenté est resté pendant quarante ans dans la même famille et a bénéficié d’un entretien particulièrement méticuleux, ce qui en fait un véritable petit bijou.

Artcurial organise surtout la première vente de bandes dessinées européennes en Asie. Des artistes comme Enki Bilal ont déjà fait l’objet d’expositions à Bangkok ou à Pékin, mais en composant son bouquet de trente-sept œuvres estimé entre 2,5 et 3 millions d’euros, Eric Leroy, expert en BD, cherche à faire passer un cap au 9e art.

Des œuvres de Mœbius
Le clou de cette vente est un dessin à l’encre de Chine et gouache blanche signé Georges Remi, dit Hergé, représentant une scène du Lotus bleu, cinquième album des aventures de Tintin, est estimé entre 1 million et 1,5 million d’euros. Il date de 1936.  » Ce dessin est l’un des plus beaux exemples de ce que la ligne claire représente, le seul original de cet album mythique encore en mains privées « , explique Eric Leroy

Figurent aussi dans ces miscellanées seize planches originales et illustrations d’Enki Bilal, issues des albums Les Phalanges de l’Ordre noir, La Foire aux Immortels, Partie de chasse, La Femme piège, Froid équateur et Le Sommeil du monstre. Des œuvres de Mœbius, Nicolas de Crécy, qui est peut-être l’artiste qui a développé le plus de liens avec l’Asie, avec ses Carnets de Kyoto (2012), mais aussi de Loustal, auteur d’une superbe aquarelle intitulée Frissons de l’été, et de Jean-Marc Rochette, dessinateur du Transperceneige complètent cette vente inédite.

Dans le secteur phare de l’art contemporain et de l’art moderne, Artcurial a décidé de faire de la contre programmation et de proposer un buste de femme de Picasso estimé entre 2,5 millions et 3 millions d’euros, ainsi qu’un portrait d’Edmond Renoir junior, par son oncle Pierre Renoir. Habituellement, de telles toiles sont mises en vente à Londres ou à New York.

Sont proposées aussi des œuvres d’artistes chinois, comme un portrait de Mao sur fond rouge de Yan Pei-Ming, intitulé Timonier, d’un mètre sur deux, daté de 2000 et évalué entre 250 000 et 300 000 euros. De fait les collectionneurs chinois sont très férus d’art asiatique et d’artistes nationaux, même s’ils appartiennent à la diaspora. L’une de leurs motivations est souvent de rapatrier des œuvres d’artistes chinois.

Collectionneurs chinois
Dans le même esprit, Isabelle Bresset a rassemblé un certain nombre d’objets d’art susceptibles de susciter l’engouement des collectionneurs chinois. Est ainsi mise en vente une pendulette réalisée par l’horloger londonien James Cox et datant des années 1770. Dès cette époque, ce genre d’objet était destiné aux marchés ottoman, indien et chinois. Certains empereurs de l’empire du Milieu ou membres de la cour impériale les collectionnaient.

Après Christie’s et Sotheby’s, Artcurial se frotte à son tour au marché chinois, alors que, de son côté, la Chine continentale dispose de ses propres et puissantes maisons de ventes aux enchères, comme Guardian ou Poly, adossées à des conglomérats étatiques.

Alain Beuve-Méry

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