Et oui l’art contemporain africain!

Le boom événementiel de l’art contemporain africain

media L’exposition «Beauté Congo», à la Fondation Cartier à Paris, est prolongée jusqu’au 10 janvier 2016. © Luc Boegly

L’Occident vibre de nouveau pour la création africaine. Cette fois, il ne s’agit pas d’art premier mais d’art contemporain : foisonnant, désarçonnant, plus que jamais dans son temps. Et depuis deux ans, les événements autour de cet art se multiplient à Paris, Londres ou New York. L’art africain serait-il du nouveau chic ?

Certains ne s’y sont pas trompés… Passion ou créneau porteur, galeries, foires et salons se multiplient sous l’intitulé « art contemporain africain ». Un art passé de l’anecdotique à l’avant-gardisme… Et si l’effervescence semble nouvelle, les premières tentatives ne datent pas d’hier.

En 1989, le Centre Pompidou a accueilli l’exposition fondatrice « Les magiciens de la Terre ». En 2005, c’est l’exposition itinérante « Africa Remix » qui investit les lieux, partie de Düsseldorf à Tokyo, en passant par Stockholm pour finir à Johannesburg, l’événement a réuni 87 artistes dont Cyprien Tokoudagba, Samuel Fosso, Barthélémy Toguo, Dilomprizulike ou Chéri Samba, tous sélectionnés par Simon Najmi, co-fondateur de la Revue Noire. Un événement mémorable qui a tout de même tardé à faire des émules.

Pour Nathalie Miltat, ancienne de l’Ecole du Louvre devenue architecte et galeriste, créatrice du prix Orisha, « comme cela a été le cas pour la Chine, l’art africain doit d’abord être soutenu financièrement et logistiquement de l’intérieur pour pouvoir compter sur cette scène internationale. Et ceux qui réussiront à instaurer un rythme régulier et à s’inscrire dans le temps permettront à l’art contemporain africain de s’ancrer dans le marché international ». Autre événement, la Foire 1:54, fondée par Touria El Glaoui, s’installe doucement. Avec déjà deux éditions londoniennes, adossées en pop-up à la Frieze Art Fair, 1:54 a réussi à s’exporter à Brooklyn depuis mai 2015. Londres est la nouvelle place forte de l’art contemporain africain avec une floraison de galeries et de ventes aux enchères dont Africa Now, de la vénérable Maison Bonhams.

Un marché prometteur

Côté parisien, c’est après une longue pause que l’effervescence événementielle a repris. Et c’est dans ses locaux parisiens rue du Faubourg-Saint-Honoré que la maison de vente PIASA a lancé l’ambitieuse vente African Stories le 7 octobre 2014. L’occasion d’accueillir la cérémonie de remise du prix Orisha et Nathalie Miltat qui, pour sa part, a fait preuve d’un certain dynamisme en fondant dès 2005 La Noire Galerie, rendant ainsi la scène artistique africaine d’Afrique sub-saharienne plus visible, puis L’Appartement 27 bis en 2012 afin de promouvoir la création contemporaine africaine et internationale.

Plus à l’Est, le Carreau du temple va accueillir AKAA (« Also Known as Africa ») lancé par Victoria Mann. L’ancienne étudiante en histoire de l’art souhaite y présenter « des artistes africains et tout artiste ayant un lien avec l’Afrique ». Pour l’organisatrice, cette « foire n’a pas pour vocation d’enfermer les artistes dans une boîte mais de mettre en place une plate-forme d’échanges où se créeraient de nouvelles passerelles ; l’idée étant de montrer une Afrique universelle s’inscrivant dans la dynamique mondiale.» Dans le même quartier, Christian Miltoni, fondateur de l’agence BeautifulArt, a organisé sa première African Art Fair, réunissant 65 artistes à la Galerie Joseph Turenne, Paris IIIe. Enfin, l’art rencontre aussi la mode avec l’exposition post-révolution tunisienne des deux artistes Alia Belkhodja et Feryel Lakhdar au sein de la boutique de la créatrice Nathalie Garçon, Galerie Vivienne.

Visibilité dans la cour des grands

Les plus prestigieuses institutions misent désormais sur l’Afrique. Pari gagnant pour la Fondation Cartier pour l’art contemporain où l’on retrouve de nouveau André Magnin en commissaire pour la très médiatique exposition « Beauté Congo », prolongée jusqu’au 10 janvier 2016. On y retrouve des précurseurs allant de Mwenze Kibwanga à Monsengo Shula sans oublier l’incontournable Chéri Samba et le malheureux Kiripi Katembo dont la mort prématurée a endeuillé la manifestation. Un engouement qui contraste avec la FIAC 2015. Une promenade dans les allées du Grand Palais trahit le manque de visibilité de l’art contemporain africain et, de ce fait, l’ampleur du travail restant à faire. Situation contrastant avec la dernière Biennale de Venise où le commissaire Okwui Enwezor a permis de rendre visible pas moins de 35 artistes africains sur 136 invités. Si la question de la visibilité de l’art contemporain africain dans les foires et salons se pose, on peut aussi se réjouir que certaines expos finissent par inclure ces artistes dans un cadre plus généraliste : l’exposition « Picasso.mania » en est un bel exemple, les œuvres de Romuald Hazoumè et Chéri Samba figurant parmi celles d’artistes internationaux inspirées par l’artiste espagnol. Maestro qui, lui-même, ne s’est jamais caché d’emprunt résolument africaine : alors, boucle bouclée ?

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