Peut-être la fin des pavillons nationaux à Venise!

Christine Macel, une alchimiste de l’art à Venise (article du Monde jeudi 28 janvier)

La conservatrice française, tête chercheuse du Centre Pompidou, va diriger la Biennale d’art contemporain

 

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Figure clé du Centre Pompidou, la conservatrice Christine Macel connaît Venise comme sa poche : elle a déjà été commissaire du -pavillon belge consacré à Eric Duyckaerts lors de la Biennale de 2007, et a collaboré avec Anri Sala quand il représentait la France, en  2013. Mais la Sérénissime lance aujourd’hui à cette quadragénaire un défi d’une autre ampleur en la nommant directrice artistique de sa célèbre biennale, programmée à l’été 2017.

Une femme, française : la nouvelle est doublement réjouissante pour le milieu de l’art hexagonal. Depuis les années 1960, Jean Clair est le seul de nos concitoyens à avoir accédé à ce poste, l’un des plus prestigieux au monde dans le domaine de l’art contemporain. Quant aux femmes, on les compte sur les doigts d’une demi-main.

Intellectuelle et festiveMais une femme française, c’est loin de résumer le profil singulier de celle qui est fière de rappeler que sa promotion à l’Ecole nationale du patrimoine portait le nom de Paracelse, le plus grand des alchimistes. Comme son prédécesseur, l’Américano-Nigérian Okwui Enwezor, directeur de la Biennale de 2015, elle n’a que faire des catégories et des frontières. Perpétuelle voyageuse, parfaite germanophone, elle s’est efforcée au fil de son parcours de les abolir toutes. D’abord au sein de la Délégation aux arts plastiques, où elle fut inspectrice à la création de 1995 à 2000. Puis au Musée national d’art moderne, où elle est aujourd’hui conservatrice en chef chargée  » de la création contemporaine et prospective « .

En tête chercheuse du Centre Pompidou, elle s’est longtemps chargée de l’espace 315, part la plus expérimentale de l’institution, en y défendant de jeunes artistes du monde entier. Accompagnant des plasticiens d’envergure, comme Sophie Calle, Philippe Parreno ou Gabriel Orozco, elle y a aussi porté des projets de grande ampleur. -Notamment  » Les Promesses du passé « , en  2010, exposition née d’une longue exploration des terres oubliées d’Europe de l’Est, du temps du rideau de fer.  » Nous voulions écrire une autre histoire de l’art que celle à laquelle l’Occident est habitué, nous expliquait-elle alors. Casser cette vision et dépasser la question des nationalités en créant une histoire transnationale, polyphonique.  » Voilà de quoi séduire la Biennale de Venise, un peu plombée par son système archaïque de pavillons nationaux.

Dans le communiqué qui annonçait sa nomination, vendredi 22  janvier, le président de la Biennale, Paolo Baratta, résume sa -tâche avec des accents presque tragiques :  » Conscients de vivre une ère d’anxiété, nous avons choisi de confier la direction artistique à Christine Macel, curatrice qui a su injecter une généreuse vitalité dans le monde dans lequel nous vivons, et identifier les énergies nouvelles émanant de tous les continents. «  On ne saurait mieux résumer son approche à la fois intellectuelle et festive du champ contemporain, qui s’étend chez elle à la philosophie, à la musique ou aux neurosciences.

En  2005, dans son exposition  » Dyonisiac « , influencée par le philosophe Friedrich Nietzsche et son apologie d’une certaine déraison, elle dévoilait ainsi, dans un accrochage un brin foutraque, son désir de mettre en tension  » le conceptuel et la perception, la joie et la raison. Car la joie est tragique, comme le rappelait Deleuze « , nous confiait-elle alors, en amoureuse de la vie exigeant du public  » qu’il vienne avec son corps autant qu’avec sa tête « . On se souvient encore de la fête de vernissage qui réunissait chez Maxim’s les artistes autour d’un sensuel feu de joie, et de coupes de champagne en formes de phallus dessinées dans le cristal par Kendell Geers.

Cette zone de friction entre les sens et la pensée, elle l’avait explorée auparavant dans une exposition du Printemps de Cahors intitulée  » Sensitive « (2000). Réflexion qu’elle poursuivit, aux côtés d’Emma Lavigne (aujourd’hui directrice du Centre Pompidou Metz), avec l’exposition  » Danser sa vie « , en  2011 : une énergisante traversée du XXe  siècle qui retissait les liens entre chorégraphes, plasticiens et performeurs. Elle sut aussi, parmi les premières, faire entrer le Centre Pompidou dans l’ère numérique, notamment avec l’exposition  » Air de Paris « .

Avant Venise, son dernier projet l’a menée, à l’automne 2015, à -Palerme, avec l’exposition  » Au milieu du milieu « , consacrée à la Méditerranée telle que la voient les artistes. Elle y a développé l’un de ses credo :  » La réalité d’aujourd’hui est dans le mouvement et les mutations perpétuelles. «  Christine -Macel dévoilera à l’automne les premiers indices sur sa biennale vénitienne.

Emmanuelle Lequeux

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