La contrefaçon

L’éclairage

Ce que nous apprend la contrefaçon mondiale

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L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier un rapport qui souligne l’ampleur de la contrefaçon mondiale ( » Trade in Counterfeit and Pirated Goods. Mapping the -Economic Impact « , OCDE &  EUIPO, 2016). Celle-ci ne cesse de croître et -représentait, en  2013, près de 2,5  % du commerce mondial et 5  % des importations européennes.

La Chine continentale se taille la part du lion puisqu’elle est à l’origine de 60  % de la production contrefaite, très loin devant Hongkong (20  %) et la -Turquie (3,5  %). Les pays qui subissent le plus cette contrefaçon sont les Etats-Unis, l’Italie, la France et la Suisse.

Il faut donc renforcer la détermi-nation des Etats à lutter contre les -contrefacteurs. Mais un recueil d’études récentes ( » L’Imitation « , Entreprises et histoire n°  78, 2015) nous rappelle également que la contrefaçon, aussi -ancienne que le commerce, -révèle, à chaque époque, ce qui fait la valeur particulière des imitations illégales et la vulnérabilité des -consommateurs.

insertion socialeL’imitateur a toujours copié les innovations réussies ou les réputations bien installées. L’imitation est ainsi inséparable du fonctionnement marchand et contribue à la diffusion des innovations. La mode, elle-même, est un processus d’imitation organisé. La contrefaçon va naître et se développer avec l’extension des privilèges, des marques et des signes distinctifs de qualité. L’imitation -devient alors illégale lorsqu’elle transgresse ces droits et se fait passer pour une production originale.

Reste que des consommateurs achètent en toute conscience des biens contrefaits. Une copie en trompe-l’œil et un prix très accessible -favorisent le plus souvent ces transgressions. Mais de telles acquisitions seraient incompréhensibles sans la force d’attraction et d’identification de l’original ou sans un besoin réel qui se heurte à la barrière du prix -normal. La contrefaçon signale donc les biens les plus emblématiques de l’insertion sociale ou considérés comme une juste nécessité.

A cet égard, l’étude de l’OCDE est -particulièrement révélatrice. Les produits de luxe les plus célèbres -figurent en bonne place, mais les biens les plus contrefaits sont… les chaussures de sport ! Et notamment une marque très populaire.

Pour le plus grand nombre, il ne s’agit donc plus d’accéder, par la -copie, à ce que consomment les plus favorisés, mais simplement de se -procurer les signes jugés indis-pensables à -l’insertion sociale. Après les chaussures de sport viennent les -articles de cuir, confirmant cette aptitude des contrefacteurs à suivre les frustrations les plus diffuses dans nos sociétés.

éducation à l’achat en ligneLa contrefaçon contemporaine s’est également emparée du commerce sur -Internet et profite de la croissance de ce dernier. La majorité des contrefaçons est ainsi livrée par courrier, sous la forme de colis de petites tailles. 6Surtout, on observe qu’une large part des produits contrefaits est vendue à des prix proches des originaux, -indiquant une vulnérabilité croissante des consommateurs à la tromperie en ligne. Le phénomène est d’autant plus -inquiétant que cette contrefaçon -invisible s’étend à des produits techniques – jouets, pièces détachées, -médicaments… –, où la -sécurité des usagers est en cause.

L’étude de la contrefaçon éclaire donc l’évolution des objets et des -signes qui étayent la différenciation et l’insertion sociale. Elle signale les distinctions devenues insup-portables, les sentiments d’injustice, et les consommateurs les plus aisément trompés.

Aujourd’hui, la lutte contre la contre-façon invisible passe par une éducation à l’achat en ligne. Mais on peut aussi inviter les marques les plus contrefaites à explorer, sans renier leurs exigences de qualité ou de design, la conception de produits low cost. L’industrie automobile l’a fait avec brio. Pour les marques de grand luxe, le remède serait peut-être pire que le mal. Mais l’industrie des chaussures de sport ne devrait pas y rencontrer des difficultés insurmontables.

© Le Monde

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