Harry Wu et le Laogai

1er mai 2016

Harry Wu, Militant chinois des droits de l’homme

 

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L’ancien prisonnier poli-tique et survivant des camps de travail chinois Harry Wu est mort le 26  avril, à l’âge de 79 ans, alors qu’il passait ses vacances au Honduras. Arrivé aux Etats-Unis en  1985, Harry Wu a consacré sa vie en exil à dénoncer le laogai, le système carcéral des camps de travail, où les prisonniers, politiques ou de droit commun, doivent se livrer à toutes sortes de tâches souvent pénibles contre une rémunération dérisoire.

Le laogai existe toujours en Chine, alors que les camps de rééducation, les laojiao, qui ne nécessitaient pas de procès et où les séjours étaient limités à trois ans, ont été abolis en  2014. Aux Etats-Unis, Harry Wu a créé en  1992 une fondation (Laogai Research Foundation) consacrée à la recherche sur les camps de travail et à la dénonciation des abus qui s’y déroulent. En  2011, il avait ouvert un musée du laogai à New York.

Dix-neuf ans en camp de travailHarry Wu est aussi l’auteur de plusieurs livres, pour la plupart traduits en français, comme Laogai, le goulag chinois (éd. Dagorno, 1996), Vents amers (éd. Bleu de Chine, 1996) et Retour au Laogai : la vérité sur les camps de la mort dans la Chine d’aujourd’hui -(Belfond, 1997), qui ont souvent été comparés à ceux de Soljenitsyne. Certainement moins talentueux d’un point de vue littéraire que l’écrivain russe, Harry Wu n’a rien à lui envier pour ce qui est de l’expérience vécue : condamné à l’âge de 23 ans comme  » droitier « , il passera dix-neuf ans en camp, sur une dizaine de sites différents, où il frôlera plusieurs fois la mort.

Il sera de nouveau arrêté en  1995 alors que, désormais citoyen américain, il est en visite en Chine pour recueillir des témoignages. Détenu trois mois, puis condamné à quinze ans de prison pour divulgation de secrets d’Etat, il sera expulsé vers les Etats-Unis à la suite d’intenses pressions de Washington. Harry Wu sera dès lors interdit de retour sur sa terre natale.

 » Harry Wu est sans aucun doute le premier à avoir apporté une description aussi précise à la fois de la vie dans les camps et de la famine de la fin des années 1950. Il a aussi fait entrer le mot laogai dans les dictionnaires en langue anglaise, créé le premier musée du laogai, exposé le travail forcé et la vente de produits fabriqués en camp et exportés en Occident, réagit la sinologue française Marie Holzman, spécialiste de la dissidence chinoise. C’est aussi un des premiers à avoir démontré l’existence d’un trafic -organisé d’organes de condamnés à mort à destination des Chinois d’outre-mer et la persistance du -laogai durant les années 1990. « 

Harry Wu entrera en conflit avec le mouvement religieux chinois du Falun Gong, persécuté en Chine dans les années 2000 : il ne juge pas crédible en  2006 la thèse de l’utilisation systématique des organes de membres du Falun Gong emprisonnés dans un  » camp de concentration  » créé dans ce but à Shenyang, la capitale de la province du Liaoning. Harry Wu sera de son côté soupçonné d’avoir payé de faux témoins en échange de déclarations :  » Ce genre de pratiques lui a valu une nette baisse de respect dans les milieux dissidents et politiques à Washington, même si personne n’a jamais contesté son témoignage en général « , estime Marie Holzman.

Harry Wu est né à Shanghaï le 8 février  1937 dans une famille aisée, qui sera spoliée dans les années qui suivront l’instauration du régime communiste en  1949. Diplômé de l’Institut de géologie de Pékin, il fait partie de ceux qui, en  1956, répondent à l’invitation du Parti communiste de critiquer ses dysfonctionnements lors de la campagne des Cent fleurs. Harry Wu émet alors des réserves au -sujet de l’invasion soviétique de la Hongrie et des nouvelles catégories sociales imposées par les -communistes chinois. Mais Mao Zedong fait volte-face et incite les masses à voir dans ces critiques des ennemis du Parti.

Harry Wu devra subir des sessions de  » lutte  » (séances d’autocritique) dans son université avant d’être condamné en  1960 à la prison à vie comme  » droitier contre-révolutionnaire  » et envoyé en camp. Après sa libération en  1979 sous Deng Xiaoping, Harry Wu enseigne la géologie. Il répond à l’invitation de l’université de Berkeley (Californie) en  1985, alors qu’elle ouvre ses portes à des universitaires chinois pour des missions temporaires. Il décidera de rester aux Etats-Unis, vivant d’abord de petits boulots, avant de susciter l’intérêt d’universitaires qui l’inciteront à poursuivre des recherches sur les camps à partir de son expérience d’ancien prisonnier politique.

Brice Pedroletti

© Le Monde

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