QI Benyu: fidélité? A quoi?

Qi Benyu

Ancien lieutenant de Mao

 

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Ancien lieutenant de Mao et de son épouse Jiang Qing durant les premières années de la Révolution culturelle avant d’être lui-même victime des purges, Qi Benyu est mort, le 20 avril, à l’âge de 85 ans.

Ses Mémoires, qu’un éditeur de Hongkong lui avait commandés en 2011 et qu’il souhaitait voir publier avant ses 85 ans, sont finalement sortis une semaine après sa mort, le 28 avril. Ils sont dédicacés à  » l’anniversaire des cinquante ans de la Révolution culturelle lancée par Mao  » – un événement que l’ancien idéologue, qui fut rédacteur en chef adjoint de Drapeau rouge, la principale publication théorique du maoïsme, n’a jamais renié, et qu’il a contribué à animer.

Né dans la province du Shandong en 1931, Qi Benyu a grandi à Shanghaï et a rejoint le Parti communiste en 1949. Il entre à 19 ans à Zhongnanhai, la nouvelle Cité interdite du pouvoir communiste à Pékin, où il deviendra l’assistant d’un des secrétaires de Mao. Il se fera vite remarquer par le Grand Timonier pour ses prises de position radicales.

Des regretsQi Benyu fait partie des rédacteurs de la circulaire du 16 mai 1966, qui sonnera le coup d’envoi de la Révolution culturelle, avec une offensive en règle contre ceux que Mao accuse d’être des  » tenants de la voie capitaliste  » infiltrés au sein du Parti – en commençant par Peng Zhen, le maire de Pékin, avant de toucher à peu près toute la direction du Parti et les anciens compagnons d’armes de Mao, en dehors du déférent et ambivalent Zhou Enlai.

Les auteurs de la circulaire du 16 mai, parmi lesquels se trouvent Jiang Qing et ses trois acolytes de la future  » bande des quatre « , rejoindront le groupe central de la Révolution culturelle, un tout nouvel organe directement assujetti à Mao, et qui deviendra pendant un temps le donneur d’ordres suprême du pays, court-circuitant les institutions gouvernementales et le reste du Parti.

S’il a toujours défendu Mao, dont la Révolution culturelle a pourtant été officiellement qualifiée de  » désastre «  par le Parti communiste en 1981, Qi Benyu exprime toutefois, dans ses Mémoires, ses regrets au sujet du suicide de trois personnalités qui furent les victimes indirectes de sa plume : ceux d’abord du célèbre historien marxiste Jian Bozan et de son épouse, à qui Qi Benyu reprocha dans un de ses articles de Drapeau rouge de  » s’opposer à la lutte des classes «  et de  » faire les louanges des rois et des empereurs « . Agressés et violentés par les gardes rouges, les époux Jian finiront par avaler une surdose de somnifères le 18  décembre 1968.

L’autre mort que Qi Benyu dit regretter est celle du poète et journaliste Deng Tuo, ex-rédacteur en chef du Quotidien du peuple, qui se suicide une semaine après que Qi Benyu l’eut désigné comme un  » traître  » dans l’un de ses écrits, au terme d’une longue campagne de dénigrement.

La carrière de zélateur de Qi Benyu sera pourtant de courte durée : en 1967, au côté de deux autres maoïstes, il incite à débusquer les traîtres au sein de l’armée. Mais cette initiative, jugée trop hasardeuse à un moment où le chaos s’installe, est vite décapitée. Il est arrêté. Mao dénonce un trio de  » cafards « . Jiang Qing parle d’une  » clique antiparti qui œuvrait secrètement au nom de Liu Shaoqi, Deng Xiaoping et Tao Zhu «  – dont Qi Benyu avait pourtant été l’un des plus ardents dénonciateurs.

Jeté en prison, Qi Benyu ne sera jugé que bien après la Révolution culturelle, en 1983, en tant qu’un de ses instigateurs et membre de la  » clique contre-révolutionnaire de Jiang Qing et Lin Biao « . Il est condamné à dix-huit ans de prison, mais relâché en 1986 en raison des quinze ans déjà passés derrière les barreaux.

Il retourne alors vivre à Shanghaï, où il a travaillé de longues années dans une librairie et a publié des livres historiques sous un pseudonyme. En dehors des regrets exprimés dans ses Mémoires, Qi Benyu n’a jamais failli dans sa loyauté au couple Mao : dans un essai récent, il avait dressé un portrait élogieux de Jiang Qing et dénoncé la campagne  » de rumeurs et de mensonges «  dont celle-ci aurait été victime. Condamnée à la prison à vie en 1981 au terme d’un procès fleuve, Jiang Qing s’est suicidée dix ans plus tard.

Brice Pedroletti

© Le Monde

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