Inquiétudes, inquiétudes

David Baverez

Author at Generation Tonique

La Chine ou l’art d’exporter son ralentissement

On la connaissait championne des exportations à bas coût. On découvre maintenant la Chine reine de l’export… du ralentissement ! Une stratégie lourde de menace pour la croissance mondiale.

La faiblesse actuelle de la croissance chinoise est beaucoup plus prononcée que présentée officiellement : exprimée en dollars, compte tenu du récent retournement du Yuan, l’augmentation en valeur du PNB, de près de +15 % il y a trois ans, est aujourd’hui proche de zéro, effaçant ainsi plus du tiers de la croissance mondiale.

L’Histoire s’inverse : en 2008, la Chine avait sauvé le monde en exportant son plan de relance sans précèdent de 4 000 milliards de RMB, plombant aujourd’hui de prêts non performants les bilans des banques étatiques; en 2016, cette fois, les dirigeants chinois cherchent à exporter habilement le ralentissement. La preuve que, depuis 2008, les cycles économiques se lèvent désormais bien à l’Est.

L’an dernier, c’est aux pays émergents que la Chine avait réussi à « refiler le bébé » de sa moindre croissance, entrainant l’explosion de la bulle des matières premières. Elle en a retiré une réduction, estimée à 450 milliards de dollars, du coût de ses importations (du pétrole moyen-oriental au minerai de fer australien) dopant d’autant l’envol nécessaire de sa consommation intérieure. Une bouffée d’oxygène comparable quantitativement à l’assouplissement monétaire européen annuel, avec cependant l’énorme avantage de détruire les monnaies de ses voisins plutôt que la sienne !

La deuxième facture est pour les pays développés

Cette année, il semble que ce soit au tour des pays développés de devoir régler la deuxième partie de la facture liée à la moindre croissance chinoise. D’abord, en subissant l’éviction grandissante des sociétés étrangères du marché chinois, soit par la montée des marques locales – à l’image de l’industrie automobile ou de l’agro-alimentaire -, soit par la règlementation restrictive visant par exemple l’informatique américaine ; ensuite, en assistant à la montée des exportations chinoises subventionnées, source d’un surplus commercial record de près de 500 milliards de dollars. Artificiellement soutenues, ces exportations sont bien souvent habilement étiquetées sous le label de construction de la “Nouvelle Route de la Soie” – aujourd’hui dans le secteur de l’acier, demain dans celui des semi-conducteurs.

Il y a donc fort à parier que le soudain retournement des marchés financiers en ce début d’année annonce un “remake” de 1937 ou 1981, c’est à dire une importante correction boursière prémonitoire d’une profonde récession mondiale pour 2017. L’absence de toute décision concrète lors de la récente réunion des ministres des Finances du G20 rappelle à quel point la sphère politique reste incapable de prendre des mesures salvatrices préventives et n’agira donc que dans l’urgence. Les taux de chômage affichés aujourd’hui, faible aux États-Unis ou en retrait en Europe, expliquent cette immobilisme alors que s’affute dangereusement la deuxième lame de la grande crise de 2008… où la Chine entend bien prendre sa revanche sur la perte de la première manche.

Repenser et réinventer un système

De même qu’il sous-estime dans les deux prochaines années l’amplitude du ralentissement chinois, l’Occident sous-estime tout autant dans les dix prochaines années la capacité de l’empire du Milieu à repenser et réinventer un système qui aujourd’hui montre nombre de limites. Un “service minimum” de relance vise en priorité d’une part, l’accélération des révolutions digitale et énergétique – notamment dans les industries de service de demain – et d’autre part, la restructuration, certes lente mais cependant bien réelle, des industries d’hier. À l’image des 5 à 6 millions de suppressions d’emplois annoncées durant les deux à trois prochaines années…

Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de l’Allemagne de 2002, avec son “Agenda 2010”, qui lui confère aujourd’hui le “leadership” européen. Une volonté de reforme qui fait de la Chine, face à l’Occident, l’improbable modèle de gestion de crise pour le XXIè siècle.

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