Du théâtre sur la place Tiananmen

La Révolution culturelle fâche encore les princes rouges

Plusieurs personnalités s’inquiètent d’une résurgence maoïste, lors des commémorations du cinquantenaire

 

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Excès de zèle, piège politique ou ignorance crasse de la part de ceux qui tiennent les ficelles de la propagande chinoise ? La tenue le 2  mai au palais de l’Assemblée du peuple, sur la place Tiananmen, d’une pièce musi-cale rendant un hommage marqué à Mao par une troupe de 56  jeunes femmes aux mouvements parfaitement synchronisés nourrit les débats en Chine à l’approche du 16  mai, funeste anniversaire des 50 ans du coup d’envoi de la Révolution culturelle en  1966.

La chorale des  » 56  Fleurs  » a -interprété Pour naviguer en haute mer, il faut un timonier,l’un des chants les plus diffusés pendant la Révolution culturelle.Ses paroles portent inscrites en elles tout le projet totalitaire du maoïsme :  » Comme les poissons ne peuvent vivre hors de l’eau, et les melons pousser sans leurs tiges, les masses révolutionnaires doivent s’accrocher au parti « , entend-on. Puis,  » lapensée de Mao Zedong est un soleil éternel « . A l’effigie guerrière du soleil rouge de Mao projetée sur un écran géant se sont succédé des images de Xi Jinping en tournée au milieu de paysans radieux. Puis a surgi une banderole appelant à  » l’union des peuples du monde pour défaire les impérialistes américains et leurs suppôts « . Les  » 56 Fleurs « , qui appar-tiennent à l’Académie de l’art et de la culture orientale, ont été décrites comme une  » pièce de tissu blanc «  que  » l’on va teindre en rouge, pour en faire un drapeau patriotique « , s’était vanté leur -directeur, Chen Guang, au moment de leur création.

Cette résurgence maoïste a fait grincer des dents au sein même de l’aristocratie rouge, dont plusieurs membres, réputés proches de la famille de Xi Jinping, ont ouvertement exprimé leur indignation. Dénonçant un piège tendu à Xi Jinping, Ma Xiaoli, une sexagénaire connue pour ses prises de position libérales, a demandé des comptes, dans une lettre au chef de cabinet du président, qui a circulé sur Internet. -Selon elle, le concert du 2  mai est un  » incident programmé «  qui va à l’encontre de la discipline du parti, écrit-elle, sollicitant  » une enquête  » autour des organisateurs de l’événement.

Mme Ma n’est pas n’importe qui : son père, Ma Wenrui, alors ministre du travail, fut emprisonné pendant la Révolution culturelle pour avoir appartenu à une -soi-disant clique formée par Xi -Zhongxun, le père de Xi Jinping. Tous deux -furent entièrement réha-bilités après la mort de Mao.  » La Révolution culturelle a été un grand désastre et un gigantesque pas en arrière dans l’histoire chinoise « , rappelle-t-elle en référence à la Résolution historique du parti de 1981 qui a officiellement -condamné la Révolution culturelle.

 » Epée politique « Ma Xiaoli s’est affrontée sur Internet avec un maoïste patenté, l’universitaire Zhang Hongliang, pour qui de telles dénonciations de la Révolution culturelle  » sont une épée politique que les traîtres et l’extrême droite agitent pour occire notre parti et notre nation « . A quoi Mme  Ma a répondu qu’il était un  » rejeton  cinglé de la bande des quatre « . Plusieurs autres personnalités se sont jointes aux discussions, comme Luo Diandian, fille de Luo Ruiqing, ex-chef de la sécurité publique tombé avec le maire de Pékin, Peng Zhen, lors de la première grande purge du printemps 1966. Mme Luo va bien plus loin que sa camarade, en rappelant les excuses des dirigeants alle-mands au nom des atrocités de l’Allemagne nazie et en appelant à un accès plus large à la vérité.

Cette flambée inattendue des débats semble avoir pris par surprise la direction, opaque et muette, du régime. L’organisateur officiel du concert du 2  mai s’est empressé de se distancer du promoteur du spectacle en révélant que celui-ci aurait inventé le » bureau de la promotion des valeurs socialistes fondamentales  » du Département de la propagande censé avoir donné l’accord du concert. Mais les internautes ont tôt fait de retrouver dans la presse officielle les preuves de la création de ce sous-bureau. Et personne ne peut croire que la police et la censure, au courant de la moindre projection de documentaire indépendant, auraient tout à coup pu être aussi facilement dupées au sein du Palais du peuple…

Brice Pedroletti

© Le Monde

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