Wu Jianmin

Ancien diplomate chinois

 

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Ancien ambassadeur de Chine en France et -pilier de la relation franco chinoise, Wu Jianmin est décédé à 77 ans, samedi 18  juin, des suites d’un accident de la route.M.  Wu est mort sur le trajet de l’aéroport au centre-ville de Wuhan, quand, à l’aube, la voiture qui le conduisait à une conférence a heurté un obstacle, à la sortie d’un tunnel. Il incarnait, dans une Chine de plus en plus belliqueuse, le diplomate chinois vieille école, attaché à la politique de  » profil bas  » cher à Deng Xiaoping.

Wu Jianmin était systématiquement associé aux événements franco-chinois, en raison de sa longue expérience des relations entre les deux pays. Il fut ambassadeur en France de 1998 à 2003, année où Jacques Chirac l’entretient sur l’opposition française à l’intervention américaine en Irak et le décore chevalier de la Légion d’honneur. L’ambassadeur de France en Chine, Maurice Gourdault-Montagne, ex-conseiller diplomatique du président Chirac, a déclaré dans un communiqué, dimanche :  » La relation franco-chinoise, à laquelle il a tant travaillé, perd un grand ami, et un vrai connaisseur de la France. Il était pour moi un maître dont j’ai tant appris, et j’admirais l’élévation de sa pensée. « 

Loyauté au régimeNé en  1939, à Chongqing, -diplômé de français de l’Institut des langues étrangères de Pékin, Wu Jianmin a commencé sa -carrière comme interprète auprès de délégations chinoises en Europe de l’Est. La Chine est alors isolée diplomatiquement. Il entre en  1959 au ministère des affaires étrangères – où, selon sa biographie officielle, il fut interprète pour Mao Zedong et Zhou Enlai. Il raconta, pour le cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises, en  2014, au site officiel chinois Chine au présent, sa déception de voir sa demande de visa rejetée en  1961 par la France, alors qu’il devait s’y rendre avec une délégation d’étudiants.

En  1964, il se réjouit de la reconnaissance de la Chine populaire par le général de Gaulle.  » Je mepassionnais pour la culture de la France et j’avais lu pas mal d’œuvres littéraires françaises, écrit-il. En bref, j’adorais ce pays. « 

En  1971, il fait partie de la première délégation chinoise à l’ONU, où la Chine populaire récupère le siège de la Chine nationaliste (Taïwan). Il se rendra dès lors régulièrement en Europe et en France. En  1985, il est nommé -conseiller pour la Chine aux Nations unies, à New York. Il est conseiller politique à l’ambassade chinoise à Bruxelles à partir de 1989, et chef adjoint de la délégation chinoise à l’ONU.

Il ne faillit pas dans sa loyauté au régime dans les années de  » normalisation  » post-Tiananmen, et est promu, en  1991, porte-parole du ministère des affaires étrangères. Il incarne alors l’intransigeance chinoise face aux critiques occidentales sur les droits de l’homme. Suivront plusieurs postes d’ambassadeur, aux Pays-Bas, puis auprès de l’ONU à Genève. Nommé en  2003 président de l’université des affaires étrangères de Chine à Pékin, il préside aussi le Bureau international des expositions à Paris. Il était resté très actif depuis sa retraite, occupant des postes honorifiques dans diverses institutions.

Wu Jianmin était récemment sorti de sa réserve pour critiquer les dérives nationalistes et populistes qu’il percevait dans la Chine d’aujourd’hui. Tout a commencé lors d’un discours prononcé à l’université des affaires étrangères de Chine, le 30  mars, lors -duquel il s’en prit nommément au rédacteur en chef du quotidien à gros tirage Global Times et à ses points de vue  » très extrêmes et d’une grande étroitesse d’esprit «  sur les affaires internationales. L’intéressé avait alors raillé sur Weibo, le Twitter chinois, ces  » diplomates vieille école qui ne permettent pas que la presse fasse autre chose que répéter comme un perroquet la ligne du ministère des affaires étrangères « . Le débat, par réseaux sociaux interposés, avait fait grand bruit.

Depuis, l’ancien diplomate n’avait cessé de tancer l’idéologie belliqueuse distillée par un -courant du Parti communiste chinois. Lors d’un forum, début juin, à Pékin, il avertissait son auditoire contre les risques du  » nationalisme, qui se drape dans les couleurs du patriotisme « , et du  » populisme, qui prétend défendre le peuple « .  » Tous deux sont trompeurs, avait-il déclaré. Le populisme est un frein aux réformes et le nationalisme est contraire à l’ouverture « .

Brice Pedroletti

© Le Monde

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