01, la chinoise à l’accent suédois

in Le Monde

Le constructeur chinois Geely a décidé de franchir le pas. Le premier modèle de sa marque Lynk &  Co, élaboré avec Volvo, tentera, à partir de 2018, de séduire les automobilistes européens

 

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Jusqu’alors, les marques chinoises n’avaient jamais tenté de percer en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis. Deux obstacles majeurs les en dissuadaient. Le manque de sophistication technologique de leurs modèles, en particulier dans le domaine mécanique, mais aussi leur absence de notoriété. Geely, l’un des principaux groupes automobiles privés chinois, a décidé de franchir le pas.

Fin 2018, un premier modèle, baptisé 01, sera commercialisé sur le Vieux Continent et dans le Nouveau Monde. Ce sera un SUV fabriqué en Chine – où il sera aussi diffusé dès 2017 – dont la conception générale a été réalisée en Europe sous l’égide de Volvo, racheté en  2010 par le groupe chinois. Question de crédibilité, assure-t-on chez Geely, qui a également décidé de créer ex nihilo une nouvelle marque à vocation mondiale : Lynk &  Co. Volontairement insolite, cette appellation veut établir  » un trait d’union entre l’Est et l’Ouest «  et suggérer que la nouvelle griffe ne se contente pas de commercialiser une gamme complète mais embrasse aussi les problématiques plus larges de mobilité et des nouveaux rapports à l’automobile. Pas question de vendre des voitures bon marché ou encore moins low cost : Lynk &  Co s’autoproclame partie intégrante du petit monde du  » premium « . En réalité, ses produits vont viser le vaste mais très encombré segment du milieu de gamme.

Présenté le 20  octobre à Göteborg (berceau de Volvo) et à Berlin (terre de conquête), le premier modèle, dénommé 01, cultive un style assez européen. Les lignes sont tendues et la partie avant, avec ses phares rehaussés et arrondis, s’inspire manifestement du Porsche Macan. On relève néanmoins quelques concessions aux préférences de la clientèle chinoise, qui appréciera l’imposante calandre horizontale et le traitement légèrement  » bling-bling  » de la carrosserie, avec un jonc chromé qui court sur la partie supérieure des flancs.

02 et ainsi de suiteL’habitacle, d’assez bonne facture, bénéficie visiblement de l’acquis de la marque suédoise et se dote d’un vaste écran central nettement orienté vers le conducteur, détail un brin machiste surprenant à bord d’une voiture conçue en Suède… Même si l’on y voit une addition plutôt qu’une fusion de styles, cette première Lynk &  Co n’est pas désagréable à regarder.

La 01 – qui sera suivie par une 02 et ainsi de suite – a été développée sur la plate-forme dite CMA (Compact Modular Architecture) élaborée par Geely et Volvo en vue de produire des modèles intermédiaires. Les moteurs sont des trois et quatre cylindres conçus par la firme de Göteborg, qui fournit aussi les transmissions. Les intérêts des deux partenaires sont convergents ; la maison mère chinoise bénéficie de la technologie et du savoir-faire de sa filiale scandinave qui peut envisager, de son côté, réaliser des économies d’échelle.

L’ensemble de la gamme, qui prévoit de s’enrichir rapidement de nouveaux modèles, comprendra des versions à motorisation thermiques mais aussi des variantes hybrides classiques, hybrides rechargeables, et tout-électrique. Sans doute instruit de -l’expérience des constructeurs coréens, qui ont longtemps peiné avant de prendre pied sur le marché réputé le plus difficile au monde, l’attelage sino-suédois n’affiche pas des objectifs de vente ultra-ambitieux et des tarifs très agressifs (les prix devraient être comparables à ceux des marques généralistes comme Peugeot, Renault ou Ford). Lynk &  Co cherche surtout à apparaître comme moderne et atypique, une marque décidée à  » bousculer les conventions «  – un langage -devenu presque banal dans l’industrie automobile – et à s’inscrire  » dans la culture urbaine, celle des méga-cités « .

La 01 sera vendue en ligne et dans des  » points implantés dans des lieux stratégiques « , centres commerciaux ou magasins tiers. Une approche imposée par l’ampleur du coût que supposerait la constitution d’un maillage complet de concessionnaires. Le constructeur, qui promet d’assurer un haut niveau de connectivité à bord de ses modèles et de faciliter les formules d’autopartage ou de location longue durée, confiera l’entretien de sa gamme au réseau Volvo.

 » Partout dans le monde, nous nous présentons comme une marque européenne, à diffusion globale « , résume Alain Visser, le vice-président de Lynk &  Co. Ce discours ne s’adresse pas seulement aux clients de San Francisco, New York, Londres, Stockholm ou Paris. Avec cette nouvelle gamme, le groupe cherche aussi à séduire sur son propre marché intérieur. La moitié de la production devrait être écoulée en Chine, où la marque  » jeune et moderne  » proposera des modèles plus raffinés et plus chers que ceux de Geely. Ces voitures de conception étrangère qu’une bonne partie des consommateurs chinois continue de préférer à celles des constructeurs nationaux, surtout dans les grandes métropoles.

Jean-Michel Normand

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