Des salles art et essai en Chine

17 novembre 2016 Le Monde

Une centaine d’écrans labellisés proposeront des films indépendants

 

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La Chine va-t-elle réussir à se doter d’un circuit art et essai ? C’est le pari de la -National Arthouse Film Alliance, qui réunit plusieurs opérateurs de salles autour d’un acteur étatique, la China Film -Archive, l’équivalent de la Ciné-mathèque française. L’Alliance, qui démarre avec une centaine d’écrans labellisés art et essai répartis dans des cinémas à travers le pays (dont huit à Pékin), doit annoncer dans les jours qui viennent les premiers films sélectionnés.

Elle regroupe une demi-douzaine de sociétés, dont le distributeur semi-étatique Huaxia Film Distribution, Wanda Cinema Line, le géant chinois qui rachète Hollywood, enfin le mini-circuit Broadway et Fabula, la nouvelle société du cinéaste Jia Zhangke.  » Cela fait vingt ans que les réalisateurs chinois poussent pour un système alternatif d’art et essai, donc c’est une très bonne nouvelle « , -explique le cinéaste dans son bureau du nord-ouest de Pékin.

Jia Zhangke, qui s’est souvent heurté aux difficultés du marché chinois pour la distribution de ses films, a investi dans la construction de quatre cinémas, à -Fenyang, sa ville natale, dans la province du Shanxi, à Taiyuan, la capitale provinciale, ainsi que dans la ville touristique de -Pingyao et à Shanghaï. Pour ces deux derniers complexes, il s’associera à MK2, dont il souhaite partager l’expertise dans l’art et essai. Le groupe français avait tenté une première fois, dans les années 2000, de lancer une salle de ce type en Chine, avant de juger que les conditions n’étaient pas réunies pour le faire.

Si elle ne concerne à ce stade qu’une fraction des 30 000 écrans du pays, la création de l’Alliance -intervient alors que le marché du -cinéma chinois, le deuxième au monde derrière celui des Etats-Unis, montre des signes de -surchauffe : le box-office a fléchi de 9 % et 15  % aux deux derniers trimestres par rapport à la même période en  2015, après avoir crû de 50  % cette année-là.

Fraudes à grande échelleEn cause, la mise au jour, en mars, de fraudes à grande échelle dans la billetterie. Le distributeur du film d’action sino-hongkongais par -lequel le scandale est arrivé, Ip Man 3, a été accusé d’avoir gonflé les recettes affichées en organisant des séances fantômes et en subventionnant l’achat de billets pour plus de 10  millions d’euros. «  Ces pratiques sont généralisées. Les distributeurs rachètent eux-mêmes des places. Des films n’ont droit qu’à une séance. Certains billets sont affectés à d’autres films « , -rapporte une observatrice étrangère. Les enquêtes menées depuis le printemps ont conduit à l’adoption, fin octobre, d’une nouvelle législation assortie d’amendes.

L’afflux d’argent à des fins souvent spéculatives et la frénésie de construction de salles – le pouvoir communiste a l’objectif de faire de la Chine le premier marché du monde – ont créé un secteur baudruche, qui privilégie des aventures commerciales souvent de -piètre qualité et protégées de la concurrence étrangère (un quota restreintà 34 par an le nombre de superproductions autorisées à la diffusion, surtout américaines).  » Il faut vraiment passer de la quantité à la qualité en Chine, c’est toute une culture qu’il faut encourager « , poursuit Jia Zhangke, qui déplore que, sur près de 1 000 films produits chaque année en Chine, à peine 200 sont distribués – et rarement les meilleurs.  » Je crois que pour les spectateurs, et aussi les pouvoirs publics, c’en est arrivé à un point où ils se rendent compte que cela ne va plus « , juge-t-il.

A la China Film Archive, dont le complexe est accolé à China Film, Sun Xianghui affirme avoir le soutien du Bureau du cinéma, l’organisme de tutelle de l’industrie et censeur en chef des productions nationales.  » Ce n’est plus une question de censure pour beaucoup de films. Il n’y a simplement pas d’accès au marché « , constate-t-elle, citant par exemple le film Tharlo, du Tibétain Pema Tseden, qui pourrait faire partie des sorties. Le nouveau système mis en place impose aux écrans avec le label art et essai de montrer les films choisis par le comité de sélection au moins trois fois par jour, dont une aux heures d’affluence. Certains autres films seront distribués selon des thèmes choisis, comme un festival -itinérant. Les salles du réseau sont libres de les passer ou pas. Sun Xianghui estime que 200 films -devraient pouvoir sortir ainsi chaque année – avec une répartition imposée de 70  % de films chinois et de 30  % de films étrangers.

Quotas d’importationLe cinéma français pourrait y trouver une nouvelle niche, même restreinte. Les films étrangers destinés à passer dans le réseau seront acquis grâce à l’attribution de nouveaux quotas d’importation, les autres selon le principe des projections de festival. Car le boom du marché chinois n’a pas profité aux films français : les distributeurs indépendants, qui doivent rétrocéder une part des recettes au monopole China Film, ne peuvent prendre des risques sur un marché qui demande de lourdes dépenses. Si les grosses productions d’EuropaCorp avaient ces der-nières années dopé la part du cinéma français, seuls quatre films hexagonaux sont sortis l’an dernier, et trois cette année.

Brice Pedroletti

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