L’ART CONTEMPORAIN A HONG KONG – Suivez la plume de Caroline Ha Thuc !

Caroline Ha Thuc, pour Le petit journal Hong Kong

 

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Place financière, vitrine du luxe, plaque tournante du vin en Asie, Hong Kong n’en finit pas de se réinventer et de se diversifier. Aujourd’hui, c’est l’art qui a le vent en poupe et la multiplication des galeries, foires et salons, ventes aux enchères et projets de musées concourent déjà à lui conférer le titre de « hot spot » du marché de l’art en Asie. Au cœur de cette effervescence, Caroline Ha Thuc s’est intéressée à la scène artistique contemporaine locale en allant à la rencontre des artistes hongkongais. Elle en a tiré un livre de référence unique, très abordable, parfait petit manuel de décryptage de l’art contemporain à Hong Kong …  Rencontre …

L’art contemporain à la portée de tous

Française, écrivain, journaliste pour des magazines comme Artpress en France ou Pipeline à Hong Kong, Caroline Ha Thuc se consacre depuis 2004 à l’art contemporain, d’abord entre Londres et Paris, puis à Tokyo où elle s’installe en 2009 avant de s’établir à Hong Kong en 2011. En mars 2012, elle publie Nouvel art contemporain japonais, en partant du constat qu’ « en dehors de Murakami, l’art contemporain japonais était peu connu en France. C’était l’occasion de rencontrer les artistes au Japon et de faire connaitre autre chose et beaucoup plus… »

En mai 2013, elle récidive, chez le même éditeur qu’il a fallu convaincre, avec l’art contemporain à Hong Kong ; un livre conçu sur le même modèle mais avec des motivations un peu différentes.

Lepetitjournal : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce deuxième livre ?

Je me posais pas mal de questions parce que depuis quelques années, on parle beaucoup de Hong Kong pour l’art contemporain mais on ne parlait pas des artistes locaux, uniquement des artistes chinois. Il s’agit donc de donner des clés pour essayer de mettre en relation le contexte particulier de Hong Kong avec des pratiques locales, pour essayer de se repérer. L’idée c’est que ce soit accessible à tout le monde, en donnant des moyens d’appréhender d’autres œuvres au-delà de celles qui sont présentées dans le livre. Il y a plusieurs entrées possibles et si, pour expliquer le contexte, je donne des repères historiques, économiques, sociaux ou même philosophiques, après on peut se promener dans le livre à l’envie  …

Peut-on vraiment parler d’un art spécifiquement hongkongais?

Le livre ne traite que des artistes hongkongais, mais le terme est assez large. A partir du moment où les gens sont à Hong Kong depuis 7 ans, officiellement ils deviennent hongkongais et j’ai donc englobé cette dimension. Quand à la question, elle est un peu délicate : est ce qu’on peut dire aujourd’hui qu’il y a un art hongkongais ou qu’il y a un art contemporain français ? C’est difficile à dire.

Kwan Sheun-chi, installation, 2012

Je pense qu’il existe des spécificités à Hong Kong tout simplement du fait du contexte.  Ainsi, de façon très pragmatique, le manque d’espace fait qu’il n’y a par exemple pas beaucoup de grandes installations : les artistes travaillent dans des ateliers éloignés qu’ils doivent souvent partager. Ils se démarquent ainsi de tout ce qui se passe en Chine et ont une approche de l’art qui est totalement différente : elle est peut-être plus « artisanale » dans le sens où ils ont envie de faire l’œuvre du début jusqu’à la fin alors qu’en Chine aujourd’hui certains artistes ont des usines qui emploient 100 ouvriers pour travailler sur leurs œuvres. Les artistes de Hong Kong sont presque plus chinois que les Chinois d’aujourd’hui au sens où ils ont gardé une approche traditionnelle et une définition de l’art qu’on pouvait trouver chez les érudits chinois. 

Plus proche de la tradition … de quelle façon ?

L’artiste est plus impliqué dans ce qu’il fait, dans ses responsabilités envers la société, il y a une vraie attitude de vie et ça c’est un trait qui est très marquant. L’entraide est forte entre eux et puis, et c’est plus récent, il y a vraiment eu un réveil qui date de l’arrestation de Ai Wei Wei en 2011 : ils ont pris conscience qu’ils avaient une liberté et qu’ils devaient en faire quelque chose. Ils ne diront jamais qu’ils sont politiquement actifs parce qu’ils n’aiment pas ce terme mais indirectement ils le sont. Ils prennent part à tous les événements, ils font des œuvres, ils sont là. J’ai envie de dire qu’ils sont politisés sans l’être et cela fait partie de cette définition large de l’artiste « homme de bien » engagé dans sa vie et dans la société.

Quel rapport existe-t-il entre la création locale et l’effervescence ambiante qui se traduit notamment par la multiplication du nombre de galeries ?

Pak Sheung-Chuen, Breathinghouse

L’effervescence ambiante, c’est plutôt le marché de l’art. Grâce au boom du marché de l’art et du marché chinois, les artistes hongkongais sont eux aussi tirés vers l’avant mais que ça reste vraiment deux choses différentes, deux mondes qui se côtoient.

Comment avez-vous rencontré les artistes hongkongais ?

Ils sont très accessibles et cela m’a frappée au début ; je ne savais pas trop comment m’y prendre pour les approcher, je leur écrivais … et puis ça s’est fait très simplement, ils sont très ouverts. Dès que j’ai commencé à les rencontrer, j’ai eu le coup de foudre et j’ai tout de suite eu envie de parler d’eux et de partager. En deux ans, j’ai pu aller dans leurs ateliers, à Sha Tin, à Chai Wan, dans les îles. Ils sont nombreux dans les Nouveaux Territoires depuis le début des années 2000 car les délocalisations d’usines vers la Chine ont libéré beaucoup de bâtiments industriels où ils ont pu s’installer. Ils s’opposent aux valeurs actuelles matérialistes et capitalistes de Hong Kong et fuient le centre ville pour vivre en accord avec leurs idées.

Parmi ces artistes, est ce que certains sont plus emblématiques que d’autres et émergent sur la scène internationale ?

On parle beaucoup de Lee Kit qui représente Hong Kong à Venise. Il commence à devenir assez connu et pourrait être emblématique parce qu’il réfléchit aux relations entre la sphère privée et la sphère publique : par exemple, il prend des grands draps qu’il peint, les accroche dans la galerie puis il va les décrocher pour organiser des pique-niques afin que la galerie devienne un espace public à partir d’un objet pris sur l’espace privé. Il fait des installations, il met des lits dans les galeries pour que les gens puissent dormir, des oreillers par terre et travaille beaucoup sur les toilettes … Il a des spécificités qui font qu’on peut plus ou moins le reconnaitre maintenant comme un artiste de Hong Kong.

Il y a Chow Chun Fai aussi qui fait des peintures reproduisant des scènes de films de Hong Kong ou un artiste comme Leung Chi Wo – c’est lui qui fait la couverture du livre – lui, il a une galerie qui le représente à Londres. Sur le plan international, je crois que c’est en train de bouger, les artistes locaux passent la frontière et en décembre dernier, la Saatchi à Londres leur a même organisé une exposition, consacrée aux artistes Hongkongais.

Comment avez-vous choisi la page de couverture ?

Je ne voulais pas tomber dans la photo de building. D’autre part, l’artiste hongkongais n’est pas bling-bling, plutôt conceptuel et subtil. J’aimais bien cette image de femme parce qu’elle représente en plus le colonialisme et qu’elle tourne le dos à cette histoire, elle est pleine de mystère. Je trouve que c’est un peu ce qui se passe avec les artistes hongkongais aujourd’hui, une scène en devenir qu’on souhaite voir se développer.

A la fin du livre, vous analysez une œuvre de Lam Tung-Pang, pourquoi ce choix ?

C’est le principe de la collection qui a un côté pédagogique et j’aime beaucoup Lam Tung-Pang parce qu’on retrouve à la fois des éléments de la culture chinoise traditionnelle et des éléments très hongkongais. C’est un artiste qui a une vie très régulière, avec des valeurs très fortes et c’est pour ça que lui aussi représente bien Hong Kong.

Et pour conclure : pour le coup de cœur personnel, à quel artiste pensez-vous ?

A un artiste qui s’appelle Pak Sheung Chuen mais lui, c’est très difficile de faire des photos de son travail parce que souvent il n’y a même pas d’œuvre. Il réfléchit sur le « vivre ensemble » : l’artiste est là pour créer des liens entre les gens et il donne des idées pour vivre autrement. Par exemple, prendre les numéros du bus et essayer de composer un numéro de téléphone pour voir s’il fonctionne. Il évolue avec la société donne une autre image des artistes…

Sophie Mabru (www.lepetitjournal.com/hong-kong), lundi 4 novembre 2013

A lire et découvrir :

Caroline Ha Thuc, aux éditions Scala, collection Sentiers d’art :
L’art contemporain à Hong Kong (2013)
Nouvel art contemporain japonais (2012)

A suivre : un livre sur l’art contemporain en Chine, en préparation.

Nota : le livre sur Hong Kong existe aussi en version anglaise : Contemporary art in Hong kong (2013)

Caroline Ha Thuc est actuellement commissaire d’exposition online sur le thème de la résistance et du rôle de l’artiste dans la société hongkongaise. Il est possible de visiter librement l’exposition sur le site www.artshare.com. Il suffit de s’inscrire!

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