Voilà le génie politique et économique!A quand en France l’économie de partage!

En Chine, la folie du partage fait les affaires des start-up

En 2016, 56 milliards de dollars ont été investis dans des jeunes pousses chinoises de la technologie

 

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Shanghaï, sur le campus de l’université des technologies appliquées, quelques étudiants jouent au basket. Au bord des terrains, des casiers orange sont remplis de ballons. Il suffit de scanner un code QR -(code-barres amélioré) avec son téléphone pour que la porte s’ouvre et libère une balle. Il en coûte 1,5 yuan (20 centimes d’euros) pour une heure de jeu. Près du terrain, des vélos jaunes, d’autres orange, d’autres bleus. Tous munis d’un code QR. Là aussi, un scan suffit à débloquer les antivols pour rouler.

Une averse ? Qu’à cela ne tienne, vous pouvez déposer le vélo n’importe où. Grâce à des GPS intégrés au cadre, plus besoin de bornes, les vélos disponibles sont localisés sur une application pour smartphone. Vous pouvez aussi continuer à pied : dans les magasins ou près des stations de métro, d’autres start-up ont installé des  » parapluies partagés « .

Mais si votre smartphone n’a plus de batterie ? Pas de souci : dans les restaurants ou les supérettes, vous pouvez désormais louer des batteries externes, sortes de pavés un peu plus épais qu’un smartphone. La procédure est la même : une fois téléchargée une application et payé un dépôt de quelques dizaines de yuans, vous avez accès à des batteries à peu près partout.

Ces quelques exemples illustrent l’essor de  » l’économie du partage  » en Chine. Depuis plus d’un an, les jeunes pousses multiplient les levées de fonds dans ce nouveau secteur. Mi-mai, Modern Capital a investi 1,4  million de dollars dans Zhulegeqiu ( » louer une balle « ), la société de ballons de basket. Les douze acteurs qui bataillent sur le marché de la location de batteries pour téléphones ont levé 1,2  milliard de dollars (1,07 milliard d’euros) cette année. Et pas moins d’une quinzaine d’entreprises se sont lancées dans la location de parapluie.

Risque de bulleQuant à Ofo et Mobike, les deux pionniers de la location de vélo, leurs valorisations dépassent le milliard de dollars. Après son dernier tour de table en avril, Ofo aurait même atteint les 2 milliards, selon les fondateurs de l’entreprise. Mobike est plus discret, mais ne serait pas loin de son rival. Tous deux affichent de prestigieux soutiens : Tencent (la première capitalisation boursière chinoise, qui détient le réseau social Wechat) et Didi (qui a avalé Uber Chine) sont derrière Mobike. En face, Ofo peut se targuer de l’appui d’Alibaba – le rival de -Tencent en Chine – et du taïwanais Foxconn, le principal sous-traitant d’Apple. Une vingtaine de jeunes pousses ont réuni les fonds suffisants pour couvrir les rues de vélos connectés et tenter ainsi de coller à la roue des deux leaders du marché.

Cette formule, qui répond à de réels besoins en Chine, est particulièrement efficace. La population dense et de plus en plus urbaine se prête à l’utilisation commune d’objets. La connexion à -Internet par l’intermédiaire des smartphones, la plupart connectés aux portefeuilles électro-niques d’Alibaba (Alipay, 450  millions d’utilisateurs) ou de Wechat (900  millions d’utilisateurs du réseau social) est aisée, l’accès à de nouvelles applications payant également.

 » Il y a une réalité économique derrière l’essor de ces entreprises. Pour rendre un produit ou un service disponible à la classe moyenne chinoise, il faut en réduire le coût « , expliqueDavid Baverez, uninvestisseur indépendant installé à Hongkong. Si les investisseurs alimentent à coups de milliards les start-up, c’est aussi qu’ils espèrent mettre la main sur les données personnelles des utilisateurs qu’ils pourront exploiter par la suite. Un exemple : le 13  avril, Ofo et la banque Citic annonçaient la signature d’un accord pour proposer une carte de crédit aux 30  millions d’utilisateurs d’Ofo, incluant une assurance.

En  2016, 56  milliards de dollars ont été investis dans des jeunes pousses de la technologie en Chine, soit 22  % de plus qu’en 2015, d’après le site spécialisé Techin-Asia.com. Une belle progression qui n’est pas sans danger :  » Il y a trop d’argent injecté en ce moment en Chine, analyse ainsi David -Baverez. En raison d’un excès de liquidités, il y a une bulle sur l’ensemble des marchés, notamment dans la technologie. « 

Simon Leplâtre

© Le Monde mardi 13 juin

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