Xi Jinping met en garde les démocrates de Hongkong

En visite samedi dans l’ex-colonie britannique, le président chinois a dressé un bilan positif de la rétrocession

 

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Des  » facteurs négatifs  » dans la relation sino-américaine, selon Pékin
Les présidents chinois et américain se sont parlé lundi 3 juillet au téléphone, dans un climat tendu par le passage d’un navire de guerre américain près d’une île contrôlée par Pékin en mer de Chine méridionale. Xi Jinping et Donald Trump ont évoqué la dénucléarisation de la Corée du Nord, les liens commerciaux, mais pas cet incident maritime, selon la Maison Blanche. Les relations bilatérales sino-américaines ont viré à l’aigre ces derniers jours à la suite de la manœuvre de l’US Navy, que le ministère chinois des affaires étrangères a qualifié de  » grave provocation « , mais aussi du feu vert à la vente de 1,1 milliard d’euros d’armes américaines à Taïwan. Xi Jinping a déploré lundi que la relation bilatérale était désormais assombrie par des  » facteurs négatifs « .

Le président Xi Jinping a quitté Hongkong, samedi 1er  juillet, au terme d’une visite de quarante-huit  heures marquant le vingtième anniversaire du retour de l’ex-colonie britannique dans le giron chinois, sur fond de polémique au sujet de la valeur des engagements pris par Pékin auprès de Londres à l’époque.

Après avoir présidé au lever de drapeau et à l’investiture de la nouvelle chef de l’exécutif, Carrie Lam, qui débute un mandat de cinq ans, le président chinois s’est rendu sur le chantier du gigantesque pont Hongkong-Zhuhai-Macao, un symbole fort de l’intégration physique irréversible de Hongkong au sud de la Chine.

Le président a dressé un bilan extrêmement positif des vingt dernières années. Il a estimé que les habitants de Hongkong sont  » à présent maîtres chez eux «  et jouissent de  » beaucoup plus de droits démocratiques et de libertés aujourd’hui qu’à aucun moment de leur histoire « . Pour M. Xi, le principe  » un pays, deux systèmes  » qui régit les relations entre Hongkong et les autorités centrales a été  » un grand succès reconnu par tous « .  » Dans nos négociations avec le Royaume-Uni, nous avons été catégoriques sur le fait que la souveraineté n’était pas négociable « , a-t-il affirmé.

Deux jours auparavant, le se-crétaire britannique aux affaires étrangères, Boris Johnson, avait rappelé l’espoir du Royaume-Uni de voir Hongkong  » progresser dans son développement démocratique «  et  » l’Etat de droit préservé « .  » La déclaration conjointe sino-britannique reste tout aussi valide aujourd’hui que quand elle a été signée « , a fait valoir Londres.

Ces commentaires ont provoqué une réfutation cinglante du ministère chinois des affaires étrangères. Pour la diplomatie chinoise, la déclaration sino-britannique de 1984, posant les bases de la rétrocession de 1997 n’est  » plus pertinente « . Pékin n’y voit qu’un  » document historique «  qui  » n’a plus aucune signification concrète «  et  » pas du tout de force obligatoire « .

 » Ils se comportent comme si la déclaration commune n’existait pas, mais c’est un traité international « , regrette Chris Patten, dernier gouverneur britannique de Hongkong, qui rappelle cet adage sur la force obligatoire des traités :  » Pacta sunt servanda.  »  » Quand j’ai négocié avec eux, on m’avait dit : “Les négociations sont dures, mais au moins ils respectent leurs engagements”. Ce n’est pas prouvé par les faits « , juge M. Patten dans un entretien au Monde.

Xi Jinping a préféré insister sur l’importance de la souveraineté et de l’unité nationale. C’est là que le ton de son discours a changé et qu’un avertissement sévère a été adressé à tous les sympathisants des nouvelles idéologies antichinoises qui ont fleuri à Hongkong depuis les manifestations de l’automne 2014, le  » mouvement des parapluies « .  » Toute activité qui met en danger la souveraineté et la sécurité de la Chine, qui remet en cause la Basic Law – mini-Constitution de Hongkong – , qui défie le pouvoir central ou qui utilise Hongkong comme base pour mener des activités d’infiltration et de sabotage contre la Chine continentale est un acte qui franchit une ligne rouge et est totalement inadmissible « , a averti le président.

Pour nombre d’observateurs, la lettre de mission de la nouvelle chef de l’exécutif est explicite : imposer un programme d’éducation patriotique que son prédécesseur n’avait pas réussi à mettre en œuvre et, tôt ou tard, faire adopter des lois  » anti-sécession  » prévues à l’article  23 de la Basic Law et qui permettraient de sévir de manière beaucoup plus radicale contre les opposants politiques.

 » Recul des droits et libertés «  » La visite et les discours – du président Xi Jinping – sont ceux de quelqu’un qui, caché derrière un mur de barricades, veut prétendre que Hongkong est une ville fantastique en ignorant les abus de pouvoir de la police et le recul des droits et libertés « , s’est insurgée Cyd Ho, vice-présidente du Labour Party, en descendant de l’escabeau où elle a harangué la foule, moins nombreuse que par le passé – 14 000 personnes selon la police, 60 000 selon les organisateurs – à défiler en faveur de la démocratie en cet après-midi du 1er  juillet.

Le long du cortège, à plusieurs endroits, les mêmes  » patriotes communistes  » qui avaient déjà sévi le matin, ont provoqué les marcheurs en scandant insultes et slogans tels que  » la démocratie est un mensonge ! «  et  » Vous êtes ici en Chine ! « . Le président chinois n’en aura rien vu : il s’était déjà envolé pour Pékin.

François Bougon, et Florence de Changy in Le Monde

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