Chine : l’étrange disparition d’une star de cinéma

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Soupçonnée de fraude fiscale, Fan Bingbing n’a plus été vue depuis juillet

 

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Son nom a été retiré de l’affiche d’un film à venir. La série dans laquelle elle joue ne sera pas diffusée. On la dit déjà bannie à jamais des écrans chinois. Cruelle mise à mort médiatique que celle qui, par petites touches, grignote l’image et la réputation de Fan Bingbing, qui aura 37 ans le 16  septembre. Plus grande star du cinéma chinois, elle fut l’égérie de L’Oréal pour l’Asie et membre du jury du Festival de Cannes. Lundi 10  septembre, la chaîne thaïlandaise de duty-free King Power la congédiait des poste d’ambassadrice globale de la marque. Le lendemain, une université chinoise publiait un palmarès de la  » responsabilité sociale  » des personnalités en vue. Elle a reçu la note de zéro.

Après trois mois d’incertitude sur son sort à la suite d’un scandale de fraude fiscale concernant ses cachets, l’actrice a indirectement donné des nouvelles peu rassurantes, le 6  septembre, quand le Securities Daily, un journal financier chinois, a révélé qu’elle avait été  » placée sous contrôle « , comprendre une forme ou une autre de détention, et  » accepterait les décisions de justice « .

De manière tout aussi inquiétante, le quotidien précise que ses cachets truqués ne sont  » que la partie émergée de l’iceberg «  :  » Elle est également soupçonnée d’avoir pris part à des opérations de prêts illégaux et d’autres formes de corruption « , lit-on dans des entrefilets de la presse officielle préparant de futures annonces, comme une arrestation formelle.

Tout a commencé fin mai, quand Cui Yongyuan, célèbre animateur de télévision, révèle sur Weibo, le Twitter chinois, un extrait de contrat où apparaît le nom de Fan Bingbing. Il feint de s’indigner qu’elle demande 10  millions de yuans (1,25  million d’euros) pour quatre jours de tournage, et toutes sortes d’à-côtés. Ce sont d’abord ses exigences de princesse qui font jaser – les émoluments de sa maquilleuse, son forfait repas.

Des contrats  » yin et yang « On croit vite l’affaire close – Fan Bingbing est, après tout, la star la mieux payée de Chine –, mais M. Cui lâche une bombe : un autre contrat, pour la même prestation, établi à 50  millions de yuans. C’est en réalité la partie secrète du cachet de la star, selon la pratique dite  » des contrats yin et yang  » : le contrat le plus modeste est déclaré au fisc, pas l’autre.

L’Internet chinois s’embrase. Bientôt, tout le showbiz est sous accusation. Le département de la propagande du parti brocarde une industrie du cinéma qui  » nourrit les tendances au culte de l’argent « . Les jeunes chinois doivent cesser de  » suivre aveuglément les gens célèbres « .

C’est le grand déballage : Huayi Brothers, la société de production qui vient de faire tourner Fan Bingbing dans Cell Phone  2, suite du succès qui a lancé l’actrice en  2003, voit ses actions en Bourse plonger. Son réalisateur, le célébrissime Feng Xiaogang, est lui aussi attaqué pour fraude fiscale. Les réseaux sociaux s’agitent autour de la joute publique entre lui et l’animateur donneur d’alerte, soupçonné de n’avoir pas digéré que sorte une suite à Cell Phone – comédie grinçante sur l’adultère, inspirée de… sa propre histoire. Il l’avait racontée à M. Feng et à son scénariste, un jour de bombance.

Si d’autres noms sont jetés en -pâture aux internautes, Fan Bingbing fait l’objet d’un lynchage en règle. On éreinte son jeu.  » C’est une proie facile. Elle n’a jamais été considérée en Chine comme une grande actrice, ce qu’elle est pourtant « , explique le réalisateur français Charles de  Meaux, qui l’a dirigée dans deux films, Stretch et surtout Le Portrait interdit, sorti en décembre  2017, en France. Le film, qui aurait convaincu Cannes de choisir Fan Bingbing pour le jury de l’édition 2017, n’a jamais été distribué en Chine. Il paraît aujourd’hui prémonitoire : il décrit la chute d’une favorite trop téméraire.

Les ennuis de l’actrice profitent-ils au régime ?  » Il est toujours utile de montrer au peuple que le parti communiste lutte contre les inégalités : les riches sont décrits comme volant le peuple, analyse le sinologue Jean-Philippe Béja. Cela participe du message que Xi Jinping propage d’un retour à la vertu, d’une rupture avec la Chine de ses prédécesseurs. On s’est attaqué aux bureaucrates, aux grands patrons. Et désormais aux acteurs. « 

Le scénario des malheurs de Fan Bingbing commence ainsi : quand éclate l’affaire, l’actrice lance ses avocats contre l’animateur. Celui-ci s’excuse et laisse entendre qu’elle est  » gérée  » par des gens peu scrupuleux. Début juillet, Fan Bingbing s’envole secrètement pour l’étranger, à en croire les messages envoyés à un cercle de proches en Chine. Elle leur montre, comme à son habitude, l’écran individuel face au passager qui, dans les avions, indique la position sur le planisphère. C’est un siège de classe affaires ou première. On distingue son sac Hermès. Elle se rend aux Etats-Unis, puis à Londres, et enfin en Australie.

A son retour en Chine mi-juillet, son passeport est confisqué. Son agent, un Taïwanais, aurait été arrêté fin juillet. Puis son tour serait venu.  » On craignait au début que l’agent soit condamné à vingt ans de prison, mais on pensait qu’elle-même ne serait qu’interdite d’écran. Or, cela pourrait aller plus loin « , confie une source. La fin reste à écrire.

Brice Pedroletti

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