Le pouvoir chinois accentue la pression sur les chrétiens

Les descentes de police et les fermetures d’églises se multiplient sous Xi Jinping, qui entend  » siniser  » les religions

 

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La sanction est tombée comme un couperet. Après le refus d’un pasteur d’installer des caméras de surveillance, à la demande de la police, à l’intérieur de son église, plusieurs dizaines de policiers font irruption dans le bâtiment, le vandalisent, et en expulsent les fidèles avant de le fermer. Jusqu’à cette intervention du dimanche 9  septembre, l’Eglise de Sion, au nord de Pékin, accueillait chaque semaine plus d’un millier de fidèles. Mais ce temple protestant, créé en  2007, n’était pas reconnu par les autorités. Son propriétaire avait par ailleurs refusé de renouveler son bail à la fin du mois d’août.

La répression dont elle fait l’objet est loin d’être une exception. Depuis quelques mois, les attaques des autorités contre les églises se multiplient.  » C’est dans la province du Henan que la situation semble la pire « , confie, à Hongkong, un militant qui veut rester anonyme pour pouvoir continuer à passer en Chine continentale aider les chrétiens.

Dans cette province où habitent de nombreux catholiques, des prêtres ont affirmé au printemps avoir été obligés par les autorités de fournir la liste des fidèles. Une circulaire interdit l’entrée des lieux de culte aux mineurs, une autre impose la présence du drapeau chinois en permanence dans les églises. L’association américaine China Aid affirme que dans trois villes de cette province, Zhengzhou, Nanyang et Yuzhou, des croix ont été détruites, et un grand nombre d’églises fermées.  » Plusieurs dizaines « , confirme notre interlocuteur à Hongkong. Bien plus au sud, à Canton, un pasteur et cinq fidèles ont été arrêtés, le 2  septembre, alors qu’ils lisaient la Bible.

 » Christianisme préjudiciable « Les destructions de croix ou les démolitions d’églises ne sont pas une nouveauté. Entre 12 000  et 17 000 croix auraient été arrachées dans la seule province du Zhejiang (au sud de Shanghaï) entre 2014 et 2015. Mais le phénomène semble s’accélérer. Un règlement entré en vigueur le 1er  février rend plus complexes les démarches que doivent suivre les communautés religieuses pour être officiellement reconnues. Les nouveaux lieux de culte doivent recevoir l’approbation des communautés locales mais aussi provinciales, et dépendre d’un responsable religieux -accrédité par les associations religieuses étatiques.

 » L’obtention d’une accréditation officielle est dans certains cas incompatible avec les croyances profondes de certains groupes religieux, comme c’est le cas de l’Eglise catholique souterraine – reconnue par le Vatican mais pas par la Chine – et des maisons-églises évangélistes qui ont refusé de s’affilier aux églises patriotiques sponsorisées par l’Etat. En outre, l’interdiction d’établir plusieurs organisations similaires dans une même zone assure aux groupes religieux patriotiques le monopole de la légalité « , note Kuei-Min Chang, chercheur à l’université d’Alberta (Canada) dans un article sur la religion paru dans la revue française Perspectives chinoises (no 1-2, 2018).

Pour lui, la  » sinisation  » des religions, officiellement décidée au cours d’une conférence présidée par le président Xi Jinping, en  2015, vise à  » contraindre les religions en Chine à intégrer les caractéristiques chinoises dans leurs croyances et leurs pratiques « . Les partisans de ce mouvement s’inquiètent d’une progression du christianisme au sein de la société chinoise. L’Eglise protestante officielle revendique 20  millions de croyants mais certaines estimations parlent de 70  millions en comptant les institutions non officielles. Les catholiques seraient, eux, 12  millions, répartis entre l’Eglise officielle et  » l’Eglise souterraine « .

Pour les dirigeants communistes,  » le christianisme est préjudiciable aux traditions culturelles chinoises, note Kuei-Min Chang. Selon ce courant, si la tendance se poursuivait, la position dominante du christianisme non seulement constituerait une menace pour la sécurité nationale du fait de sa nature étrangère mais elle serait aussi susceptible d’aggraver le grand déclin de la civilisation chinoise « .

La lutte contre les religions s’étend à Internet. Selon une proposition de loi présentée, lundi 10  septembre, par le Bureau national des affaires religieuses,  » aucune organisation ou individu ne peut, sous quelque forme que ce soit, diffuser en direct ou en différé sur Internet des vénérations de Bouddha, des brûlages d’encens, des ordinations de bonzes, des récitations de soutras, des offices, des messes, des baptêmes ou autre activité religieuse «  sans autorisation des autorités provinciales. Selon le quotidien South China Morning Post, cette interdiction devrait être totale pour les étrangers.

Frédéric Lemaître

© Le Monde

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