Les événements qui ont eu lieu

À cette occasion, La Maison de la Chine, les éditions cherche-midi et l’équipe Metis vous invitent jeudi 9 octobre à partir de 18h30 à la Maison de la Chine à Paris.

C’est avec beaucoup d’honneur que Catherine Becker  racontera la génèse et l’évolution de son dernier ouvrage, et présentera une vidéo réalisée à Shanghai, mise en image du livre.

“ La Marque Rouge ” comme un miroir de la société chinoise entre art contemporain et marques, défend la nécessité d’un marketing de sens, de profondeur, dans une Chine à la croissance vertigineuse qui attire vanités et boulimie de communications.

La “ modernité ” chinoise s’est construite sur deux piliers d’argile, le silence de sa propre mémoire et le risque d’inféodation aux marques internationales. Ces dernières ont cristallisé, en moins de deux décennies, la transformation d’un système sociopolitique, la volonté d’une classe émergente de s’appuyer sur des symboles internationaux pour exister. L’art contemporain, d’abord en rupture et critique, s’est construit ensuite au coeur de l’économique.

L’auteure dédicacera son ouvrage autour d’un cocktail.

« La Marque Rouge, c’est la trace de rouge à lèvres qui reste sur la joue de l’enfant le matin, ou de l’amant trahi, le genou rougi, l’écorchure, le rouge de Louboutin contre celui d’Yves Saint-Laurent…
La Marque Rouge c’est l’Orient, c’est la Chine bien sûr, c’est le soleil qui se lève et qui se couche si tot.
La Marque Rouge, c’est ce qui t’empêche d’avancer, qui te retient, qui fait que la tache ne part pas… La Marque Rouge c’est l’histoire et les douleurs que le sujet incorpore, comme il incorporait les slogans politiques.
La marque rouge c’est l’évolution et l’oubli de la mémoire rouge; c’est le fil rouge entre les personnages de Xiaogang qui raconte les liens qu’on aurait aimé oublier, c’est le sang qui monte au cerveau des nouveaux écorchés, des artistes émergents, de Marc Quinn ou de Zhang Fenzi, c’est l’empreinte….
La marque rouge c’est aussi les princes rouges, les nouveaux princes de toutes les contradictions.
La marque rouge, c’est l’énergie, celle de l’espoir des lendemains qui chantent. »

 

La Marque Rouge – Shanghai-Luxe-Art& Mémoire de Catherine Becker à la Maison de la Chine jeudi 9 octobre 2014

Quelques extraits

La présentation de son ouvrage va se faire à travers un dialogue avec Estelle Bories qui est historienne d’art et qui fait des recherches sur l’art moderne et contemporain chinois.

 

CB : … D’abord ce film qu’on a réalisé avec des collègues et amis qui m’ont aidée à le monter. C’est une mise en image du livre et d’autres images encore qui permettent de comprendre toute la dynamique du livre. On se rend compte que la Chine est un pays de producteurs et un pays d’images. C’est un pays de la force de l’image et du visuel, qui a refusé la métaphysique d’opposer la vérité et l’image, qui a mis sur le même plan tout ce qui était de l’ordre de l’être et tout ce qui était de l’ordre de l’ image.

 

EB : Comment t’est venue l’idée de cet ouvrage ? Et après on pourra revenir sur l’aspect formel puisqu’on a affaire à un beau livre qui est très bien illustré, dont le contenu peut paraître déroutant. On peut avoir une histoire voire une archéologie des marques et d’ un autre coté des rappels au niveau de l’ histoire culturelle, de l’aspect culturel du confucianisme, une vision large de ce que sont les marques. Comment tu l’as mis en place ?

 

CB : Quand on arrive en Chine on veut tous écrire un livre car on est assaillis par les difficultés de compréhension. Pour essayer de comprendre un peu ce pays, j’ai voulu donc aussi écrire un livre.

Quand je suis arrivée en Chine je n’avais pas le temps d’écrire, j’étais venue monter une entreprise, cette entreprise Metis. Ce livre est devenu une pièce d’explication pour expliquer et poursuivre mon métier. Ce livre est au croisement de mon aventure professionnelle, de cette vision du monde que l’idée de Metis développe- Ne pas voir le monde comme un marché, les consommateurs sont des citoyens, ils ont traversé une histoire – de ma passion pour l’art contemporain et de me rendre compte que la Chine et Shanghai en particulier étaient un creuset et la mise en résonnance de tous ces mondes. Quand on arrive en Chine, pour vouloir aider les marques internationales et en particulier les marques françaises, on se demande si cela a véritablement un sens et on se remet en général en question. Je me rappelle un des déclencheurs de l’écriture, c’était l’été 2009, je faisais un terrain en Chine, à l’ouest de la Chine, on était en train d’interviewer un universitaire chinois et on parlait de la transformation de la Chine du rapport à la vie, à la consommation.

On était au coeur de « KUNMING » où il y avait des grands magasins et je regardais cet homme qui avait vécu tous les moments difficiles de l’histoire de la Chine, tout vécu, et je lui demande ce que ça lui faisait de regarder tout ça, tous ces temples de la consommation . « Je suis très heureux, on a l‘impression qu’on vit ,me dit-il, vous ne pouvez pas savoir ce que c’était avant, maintenant il y a de la joie, de l’euphorie ». Et moi je me suis dit que c’était des phénomènes incroyables…

Quand je suis arrivée en Chine le premier bouquin que j’ai eu envie d’écrire c’était autour de l’immeuble où je vivais: l’embankment building. C’est un immeuble construit par Victor Sassoon pour ses employés au moment il construisait le Peace hôtel. Ce bâtiment a abrité beaucoup de juifs d’Europe centrale qui sont venus à Shanghai dans les années 30. La première année où j’ai habité dans cet endroit j’ai voulu écrire le récit des gens qui habitent dans ce bâtiment, souvent ils habitent à 4 générations dans un appartement à 2 pièces. Par leur fenêtre ils ont vu Pudong naitre et grandir. J’ai vu que d’un côté il y a tous ces gens qui ont vécu ce traumatisme et puis il y a cette montée du monde et de la croissance, et on est dans un pays qui est dans le choc constant entre cette histoire et cette croissance. Et là j’arrivais pour un métier qui est lié à cette croissance, des marques de cette communication internationale. J’ai eu tout de suite à l’idée que ce n’est pas n’importe quelle croissance, qu’ elle a été faite dans un pays traumatisé qui a souffert et qui continue à être traumatisé. La Chine, la cristallisation de la mémoire oubliée, mémoire trahie, mémoire à laquelle on renonce et cette volonté de croissance à tout prix. J’ai voulu étudier la cristallisation de cette tension entre l’oubli et la croissance.

On ne parle pas de la révolution culturelle ni de Tienanmen dans la vie quotidienne. L’art contemporain c’était l’endroit qu’on s’était donné, l’endroit pour en parler. Et ce lieu qui allait exprimer cette souffrance, ce traumatisme ça allait être aussi le lieu où on allait parler de marques qui racontaient cette croissance. De cette confrontation est née ce qu’on pourrait appeler la modernité chinoise.

Mon livre s’est inscrit dans le temps, deux ans, j’ai eu l’impression d’avoir beaucoup bougé dans ce livre, j’ai compris les différents paradoxes, tout est devenu de plus en plus évident.

 

EB : D’ ailleurs dans le livre on repère les concepts de la fluidité, la réjouissance forcée, la servitude volontaire, la schizophrénie reliés à d’autres choses plus positives. C’est quoi la Marque Rouge ?

 

CB : J’aime bien les mots que tu as repérés. La Marque Rouge, c’est le nom que mon éditeur Jacques Fay ici présent a trouvé. Ce titre cristallisait toute cette polysémie. Dans cette définition de la marque rouge que j’ai écrite comme un poème, se révèlent tous ces contrastes chinois. En Chine on a l’impression de dire tout et son contraire car tout et son contraire sont vrais. Le propre de la culture chinoise a été d’intégrer ses propres contradictions, ce qui entraîne que c’est toujours très difficile de s’opposer parce qu’ on est toujours pris dans ces réseaux de contradictions et les Hong Kongais aujourd’hui en savent quelque chose. Quand tu dis fluidité la question que ça nous pose sur la Chine c’est qu’on porte toujours ce bleu de Chine qui est devenu ce pays d‘effervescence, de ce luxe et décadence consumériste. Cela s’est fait dans cette fluidité et dans une harmonie plébiscitée. Ensuite cette notion de schizophrénie, on est en permanence dans cette dualité permanente chez les gens, cette mémoire traumatisée et oubliée et cette montée de la croissance qui dédouble les gens.

 

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EB : Je voulais rebondir sur le sous-titre Shanghai, luxe et mémoire.

 

Est ce qu’à ton sens il y a une spécificité de Shanghai par rapport à Pékin ou comment tu envisages ton ancrage dans cette ville et dans cette histoire par rapport à la mémoire bien entendu ?

 

CB : Intéressante comme question. Je vais avoir tendance à caricaturer car quelque part les deux villes se ressemblent à plein de points de vues. La Chine oppose sur son territoire les 3 points d’un triangle: l’ancrage régional, le pouvoir et la compétition cosmopolite. On voit que Shanghai cristallise les trois points de ce triangle: l’ancrage dans la mémoire tout en étant dans la structure et le cosmopolitisme. Shanghai permet à toutes ces notions qu’on vient de citer de se cristalliser. A Shanghai, on a ouvert une dizaine d’immenses magasins de luxe cette dernière année qui sont plus luxueux que tout ce qu’ on peut avoir dans le monde et traitant tous d’art contemporain. Ils font tous appel aux grands artistes internationaux et chinois. Se sont ouverts quatre musées d’art contemporain cette année. Une coprésence de luxe et d’art comme nulle part dans le monde ajouté à cette force de la mémoire.

 

C’est vrai qu’à Shanghai il y a moins de structure, et d’ordre, cela reste plus pékinois, il y a plus d’écrasement de contradictions. Pékin reste le grand lieu de l’ histoire et du pouvoir et Shanghai est une ébullition de ces contradictions.

 

EB : Comment est organisé l’ouvrage ? On voit qu’il y a plusieurs disciplines : histoire des marques et à la fois histoire de l’art. Est ce que tu pourrais revenir à ce séquençage ?

 

(‘20.40) La démonstration que j’essaie de faire dans ce livre c’est de rechercher ce qui a construit la modernité chinoise. On a tendance à penser que la modernité chinoise c’est ce mouvement d’accélération de l’histoire et tout ce qui va avec, l’urbanisation, la mobilité, la transformation etc. La modernité chinoise c’est la mise en ciseaux entre d’un côté tout ce qui est de l’ ordre de l’ouverture au monde et, les marques en sont les ambassadrices et de l’ autre côté, tout ce qui est de l’ordre de cette mémoire oubliée, qui va être racontée dans l’art contemporain. Dans le début de mon livre, j’essaie de montrer comment on part d’une ouverture en ciseaux entre un art contemporain qui dit non fondamentalement, et à tout ce qui s’est passé historiquement et à la modernisation de la Chine, qui raconte le silence de la Chine. Vous avez vu passer dans le film, la sculpture, le bloc de bois qui est un visage de Wang Keping qui s’appelle Silence. Au moment où l’art contemporain a commencé à en parler c’était pour dire ‘le silence’. Beaucoup d’oeuvres ont été censurées. De nombreux artistes ont été expulsés et sont partis en Europe et aux USA. Donc il y avait ce mouvement d’expulsion de cet art qui disait le silence au moment où cette ouverture, ces marques disaient l’affirmation. Et toute cette espèce d’enivrement, en ciseau d’un coté, l’ amnésie, le refus des traumatismes réservés au milieu de l’art et d’autre part, cette accélération historique qui a construit ou déconstruit une société totalement chamboulée, qui vit de ce désordre causé par l’ amnésie d’un coté et cette forte accélération historique de l’autre.

Et le deuxième grand moment, c’est quand les deux lames du ciseau sont venus converger et la société chinoise que nous connaissons aujourd’hui est une société où l’art est venu au cœur du marché et est venu marchandiser cette mémoire chinoise. Les plus grands artistes contemporains chinois, les plus côtés sont des gens qui sont milliardaires, qui vivent en Chine et qui traitent de la mémoire chinoise, qui est donc intégrée au système de représentation de la Chine surtout à l’extérieur de la Chine. Donc cet art qui est venu au coeur du marché, ces marques, sont venues converger. On arrive à une construction du socialisme de marché artiste. Le livre de Lipovetski est sorti cette année sur le capitalisme artiste ; on voit que ce socialisme de marché artiste qui combine le politique, l’esthétique et le social va beaucoup plus loin, permet encore beaucoup plus de convergence. On voit par exemple la convergence de l’art, du politique et des marques, ces peintures de Yan Pei Ming de Dior où il traite Dior du point de vue graphique de la même manière qu’il a peint Mao. On sent une convergence de tout ce qui est de l’ordre du politique, de l’économique et de l’esthétique.

Et la dernière partie de mon livre c’est de se dire : Oui mais où on va dans tout ça ? Comment on en fait pour s’en sortir ? Quand tout devient congruent et redondant, on se demande et l’individu dans tout ça, et la liberté et la créativité? Comment y résister ?

Il faut essayer de mettre d’un côté ce qui est de l’ordre de l’esthétique, d’un autre du politique et d’autre part ce qui est de l’ordre de l’économique. On voit aujourd’hui l’explosion de cette possibilité où on sent que la Chine va aller beaucoup plus vite que ce l’on pense pour arriver à sortir de cette adhésion totale du politique de l’esthétique et de l’économique. Voilà c’est le mouvement de mon livre.

On arrive sur une espèce d’ouverture sur un mouvement qui dit non à ce système centripète et comment arriver à ces mouvements possibles de résistance.

 

 

EB : Pour revenir sur l’art, tu reviens notamment sur le pop politique qui a été une tendance sur le pop art lié à la question du politique et qui est naît pour s’adresser au public occidental. En revanche, les artistes, la démarche était assez ciblée là on parlait même de pragmatisme. Maintenant il y a d’autres figures notamment Zhang Huan ou Cai Guo Qiang qui s’associent dans le cadre d’expos avec des marques prestigieuses. Est ce que tu peux revenir à ce lien pragmatique entre art et marque ?

 

 

CB : Effectivement il y a deux artistes qu’on voit apparaître dans mon livre, Zhang Huan et Cai Guo Qiang.

ZH est extraordinaire car le mouvement que je viens de vous d’écrire dans mon livre c’est son mouvement. On représente normalement ses oeuvres initiales quand il vivait dans la banlieue de Pékin, on le représente toujours dans les toilettes mangé par des mouches dans un espace très petit, c’est un pays très grand mais on se sent à l’étroit, on est toujours à l’étroit quand on n’est pas libre. Il est parti dans cet élan de performance, c’est lui qui courait à New York avec des morceaux de boeuf sur tout son corps pour exprimer sa douleur, sa souffrance. Il était aussi sur un vieux lit chinois il avais mis des pains de glaces, il souffrait et il montrait toujours cette espèce d’impossibilité de vivre la modernité chinoise car la tradition c’était quelque chose d’horrible dont on se recouvrait qui nous empêchait de vivre et la modernité nous empêche de vivre aussi, tout vous empêche de vivre. Il a manifesté ça pendant des années c’est un des rois de la performance. C’est intéressant car ils ont mis leur corps en évidence pour montrer leur souffrance. Ensuite, il a montré ce qu’est de vivre dans une société de la mobilité. C’est lui qui décapitait des gens et qui les mettait sur des petits charriots et qui les trainait partout pour montrer que dans cette société on n’ est plus rien de toute façon, tout le monde est migrant. Et puis il a arrivé au cœur du marché c’est le grand artiste des marques. Il a participé à toutes les expositions Dior. Par exemple, il a fait le géant pour montrer ce malaise d’être dans la société chinoise mais il le faisait quand même pour l’exposition Dior. Et une chose plus agréable pour Dior, cette reproduction de Dior lui même la première fois qu’il a été salué à son premier défilé de New York Et aujourd’hui Zhang Guan, présente, et là c’est intéressant on est dans le retournement, pour l’ouverture du magasin Louis Vuitton à Macao ces deux sculptures de Buddha et du Christ en face à face mais quand même dans un grand magasin de luxe. Il dit » je suis bouddhiste à l’intérieur, mais ca se dit pas dans la société chinoise, donc à l’extérieur je suis un artiste, ça passe mieux dans la société chinoise.« Mais n’empêche le matériel c’est de la cendre recueillie dans des temples bouddhistes. Aujourd’hui tout l’oeuvre de ZH est de travailler sur le passé la croyance et de chercher à travailler en dehors de l ‘espace politique. Il est milliardaire mais n’empêche il veut pour lui sa bulle de création dans ses contradictions. Vous voyez bien ce profil qui est passé de l’un à l’autre.

 

Cai Guo Qiang, c’est lui qui a brûlé le drapeau rouge devant une galerie à Varsovie et qui a crié « I want to believe » c’est lui qui a fait les feux d’artifices pour les JO et qui a signé les 60 ans du PC chinois. La dernière vidéo raconte ce mouvement de ces artistes qui à la fois veulent revenir chez eux, revenir à un mouvement qui raconte leur plaisir, leur rapport à leur individualité, qui veulent dire que la création c’est ce rapport à soi mais même si on y revient on le fait au coeur du marché. Il montre le retour à sa terre natale où il va construire un musée grâce à l’argent qu’il aura gagné dans toutes ses enchères. On sait que cette œuvre qui a été produite en fin d’après-midi va être vendue la pièce la plus chère devant un Picasso. Il y a ce rapport extrêmement rapide de la production à la consommation au cœur du marché mais n’empêche qui raconte que cet homme tient face à ce système mondial et qui en train de raconter qu’il veut retourner chez soi, dans sa propre culture.

 

EB : Ces artistes ils sont tous partis à l’étranger et ils sont retournés en Chine travailler dans de grands ateliers. Maintenant pour nous recentrer sur les marques je voudrais que tu commentes un extrait de ton livre.

« Consommer en chine c ‘est donner du sens »

 

CB : J’ai écrit cette phrase dans un contexte. On peut malheureusement aussi dire le contraire. Mais ce qui est absurde et c’est pour cette raison que c’est intéressant de faire ce métier en Chine – il y a longtemps que je fais ce métier il y une vingtaine d’années que je fais ce métier- souvent, un jour on y croit, un jour on y croit pas. Quand on arrive en Chine on est sûr que ça sert à quelque chose. Les marques ont un rôle essentiel, elles ont pris une forme de figure peut être redoutable mais essentielle. Les marketeurs le savent bien, ils on trouvé en Chine un terrain de jeu certainement inespéré au départ. Les Chinois nous apprennent plein de choses sur les marques.

La première chose : on se dit d’abord « quelle aliénation, ces chinois qui avaient une culture tellement extraordinaire comment ils s’aliènent à ces marques. Naomie Klein n’était pas allée assez loin dans sa compréhension de la tyrannie des marques elle n’avait pas compris qu’il y avait des gens plus forts que ces marques. Naomie Klein parle de la tyrannie des marques. C’est ce qui se passe en Chine: au début on a considéré que c’était un marché et que les gens allaient se considérer comme des objets de la consommation internationale. Mais aujourd’hui, ils se sont construits comme sujets de la consommation internationale. C’est eux qui décident, qui co-construisent les marques. Les marques qui réussissent sont celles qui donnent raison aux destinataires. Par exemple, Nike a dit oui au nationalisme chinois et il a réussi en Chine comme ça. Et il y a ceux, qui ont compris ce que les chinois attendaient des marques aujourd’hui. Les marques présentent la suite logique du confucianisme au consumérisme. Le confucianisme raconte qu’il faut avoir un rôle dans la société et s’y conformer, qu’on ne veut pas perdre la face, on n’est jamais que par rapport à soi même. Mais personne ne veut perdre la face. Personne n’existe tout seul. Les jeunes françaises ont le même discours que les jeunes chinoises. Les françaises elles aussi ont besoin d’être en talons rouge de 10 centimètres de haut pour se sentir en confiance et dire qu’elles ont du succès.

Les marques au début vont dire très fort le confucianisme et ensuite elles vont dire très fort ce qu’a dit le communisme chacun à sa place dans le système et surtout chacun regardant une icône suprême. Et donc le système consumériste de marque s’est très bien mêlé au système chinois.

Ce qui est intéressant c’est que dans la philosophie chinoise il y a plein de choses autour du taoïsme, autour de la nature, autour de soi. Cette tendance de retour à soi qui dit j ‘en ai marre de la modernité, de l’accélération, du stress . La Chine est stressante. Les marques leur permettent de vivre dans leur bulle par delà des vicissitudes de l’histoire de la croissance chinoise.

Et pour tous ceux qui travaillent dans ce domaine, vous avez un travail formidable car enfin vous parlez de l’individu. C’est dans la consommation que les Chinois se construisent comme sujet. Mais Sujets de quoi ? Sujets de quel sens ? C’est pas facile de construire du sens. Ce ne sont pas que les chinois qui cherchent du sens, c’est tout le monde qui cherche ce rapport à soi, à se reconstruire par rapport à une histoire. S’il y a une internationalisation de quelque chose c’est bien autour de ça, de retourner à soi, au respect de soi-même, au respect de l’autre. Et on peut penser que tout ce qui tourne autour de ce symbolisme de la consommation a un rôle extrêmement fort. On ne peut pas se le cacher, c’est une vérité aujourd’hui, quand on regarde en particulier vers les plus jeunes générations.

 

EB : Qu’est ce que vous pensez du miracle chinois ? Colosse au pied d’argile  ou à l’inverse il y a une voie plus ouverte?

 

CB : Certainement colosse au pied d’argile. Quand on a dit non à sa mémoire et on a dit très vite oui à sa croissance à son développement à son futur, c’est sûr qu’il y a une tension extraordinaire devant cette obligation du retour à soi, retour à son passé , retour à la construction d’un vrai temps. C’est pour ça que tous les artistes aujourd’hui qui ont eu une définition politique de leur art, aujourd’hui se retournent tous dans la croyance au retour à soi. C’est dans cette résistance au système qu’on va pouvoir j’espère parler du miracle chinois dans les années qui viennent.

 

EB : Comment envisager la question du nationalisme par rapport aux marques ?

 

CB : Je pense que c’est un vrai défi, j’ai entendu dans une conférence à Paris sur la Chine quelques-uns nier le nationalisme chinois et là je m’étouffais déjà. Dans mon travail aujourd’hui, c’est clair qu’on sent que c’est la voie facile mais seulement la voie facile et malheureusement si on se met de ce coté là on va non seulement tuer la Chine mais le monde entier. Les marques doivent aller du côté des individus et non du nationalisme. Mais ça on l’a pas volé. Les marques sont arrivées sur le mépris de soi de la Chine et sur le Made in China. On a trop fait notre avancée sur l’arrogance pour ne pas comprendre ce qu’est ce revirement mais je pense qu’il faut tout faire pour l’éviter et pour réouvrir la Chine.

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Le nouveau livre de Catherine Becker.

Le Phénix vous invite le Vendredi 10 octobre pour la présentation de La Marque Rouge

Pour la présentation de son livre La marque rouge : Shanghai, luxe, art et mémoire.

Nous avons le plaisir d’accueillir Catherine Becker à l’occasion de la parution de son livre La marque rouge, à paraître début octobre aux éditions du Cherche Midi..

Cet ouvrage aborde un sujet passionnant qu’est le lien entre les marques chinoises et internationales en Chine, le développement de l’art contemporain en parallèle avec le développement économique et sociologique du pays.

Présentation du livre par l’éditeur :

Un miroir de la société chinoise entre art contemporain et marques.

La « modernité » chinoise s’est construite sur deux piliers d’argile, le silence de sa propre mémoire et le risque d’inféodation aux marques internationales. Ces dernières ont cristallisé, en moins de deux décennies, la transformation d’un système sociopolitique, la volonté d’une classe moyenne émergente de s’appuyer sur des symboles internationaux pour exister. L’art contemporain, d’abord en rupture et critique, s’est construit ensuite au cœur de l’économique.

Mais le nouveau contemporain chinois ne s’esquisse-t-il pas à travers la confrontation de l’art et des marques, et les possibilités de résistances et d’échappatoires ?

La librairie du Phénix est située au 72 boulevard de Sébastopol. Paris 3 ème.
La première présentation de la marque rouge à la Fondation Ricard à Paris :
La soirée Shanghai le 25 novembre
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 La conférence à écouter et les débats avec Larys Frogier, Alexandre Ouairy , l’équipe Metis et le public :
Annonce de la soirée du 2 décembre du Cercle francophone Shanghai
Prix membres CFS: 150 rmb et non-membres: 200 rmb.
Inscription par mail à conferences@cfshanghai.com et règlement sur place.
En cas de désistement moins de 2 jours avant la conférence, nous serions dans l’obligation de vous demander de régler votre participation.
Le lieu : Art+ Shanghai Gallery – 191 South Suzhou Road – Huangpu District, Shanghai -
 Tel: +86 21 6333 7223
上海市黄浦区南苏州路191号(近四川中路) 周二至周日上午10时至下午7时(周一闭馆) 电话: +86 216333 7223

CONFÉRENCE

LA MARQUE ROUGE – SHANGHAI, LUXE, ART & MÉMOIREMardi 2 décembre 2014 à partir de 19h15, début 19h45.Par Catherine Becker.

“ La Marque Rouge” comme un miroir de la société chinoise entre art contemporain et marques, défend la nécessité d’un marketing de sens, de profondeur, dans une Chine à la croissance vertigineuse qui attire vanités et boulimie de communications.
La “modernité” chinoise s’est construite sur deux piliers d’argile, le silence de sa propre mémoire et le risqué d’inféodation aux marques internationales. Ces dernières ont cristallisé, en moins de deux décennies, la transformation d’un système sociopolitique, la volonté d’une classe émergente de s’appuyer sur des symboles internationaux pour exister. L’art contemporain, d’abord en rupture et critique, s’est construite ensuite au cœur de l’économique.

Catherine Becker a commencé sa carrière en tant que professeur de Philosophie en France, et à l’étranger, à Singapour puis à New-York. Après des terrains d’ethnologie en Indonésie- côtoyant plusieurs mois les Nias pour travailler sur leur rapport à l’architecture et la religion- et à Sri Lanka, elle passe une année de post-doc à Berkeley.
Sa passion pour les sciences humaines et son engagement viscéral pour la contemporanéité et le respect des différences l’amèneront vers l’étude d’éléments culturels intrinsèquement liés au monde contemporain: les Marques. Catherine dédie sa carrière à la compréhension des marques internationales, défendant un marketing de sens auprès des grands décideurs du monde entier.
Capter les signes du contemporain, analyser les tendances et les mettre en écho avec nos marques, saisir les tensions des pays émergents pour en valoriser le sens et promouvoir le rôle des marques dans cette ébullition nouvelle du 21ème siècle, sera l’histoire de sa
vie. C’est donc naturellement que l’approche de l’art contemporain s’est inscrit comme outil analytique de son étude du Monde, et comme passion. Des marchés indiens aux îles- musées japonaises de Naoshima en passant par le centre 798 de Pékin, son rapport d’ethnologue à l’Art lui donnera des clés pour défendre un engagement dans ce monde soumis à d’inexorables contradictions

 

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Fenêtre sur Chine

Surprise de fin d’année :

Fenêtre sur Chine vous propose en décembre un deuxième rendez-vous à ne pas manquer !

 

« La marque rouge » : un miroir de la société chinoise 

entre art contemporain et marques

Par Catherine Becker,

 

Le jeudi 11 décembre 2014, à 20h30

 

Canadian International School of Beijing

38 Liangmaqiao Lu, Chaoyang DistrictBeijing, 100125 Beijing

北京加拿大国际学校
中国北京市朝阳区亮马桥路38

 

 

Catherine Becker explore la « modernité » chinoise à travers la rencontre entre les grandes marques internationales et l’art contemporain. 

Ce soir, elle analysera comment l’un et l’autre deviennent mutuellement source d’inspiration et de rupture.

 

 

 

Catherine Becker :

 

 

Catherine Becker crée en 2010 la société « Metis-Jujing », spécialisée dans le développement des marques dans les pays à forte mobilité sociale.

Elle défend un marketing de sens auprès des décideurs du monde entier et utilise l’approche de l’art contemporain comme outil analytique.

Elle est l’auteur de  » Du Ricard dans mon coca – nous et les marques » Ed d’organisation (2002).

 

Dans le cadre d’une séance de signature à l’issue de la conférence, son dernier livre paru, « La Marque Rouge » sera proposé à la vente au prix de 400 Yuans, grâce au concours de la librairie francophone de Pékin, l’Arbre du Voyageur.

 

 

                  Droit d’entrée: 50 RMB

               Fenêtre sur Chine propose une ouverture sur la Chine d’hier et d’aujourd’hui. Nos conférences ont lieu une fois par mois, en soirée et en français, sur un thème social, politique, économique ou culturel.

               Ces soirées privées sont ouvertes à tous, sans réservation préalable. Nos conférenciers interviennent gracieusement, la participation de 50 RMB demandée au public est destinée à couvrir la location de la salle.

                   

            Dans la joie de vous retrouver l’année prochaine, l’équipe de Fenêtre sur Chine vous souhaite de belles fêtes de fin d’année.

Très amicalement
L’Equipe de Fenêtre sur Chine
www.fenetresurchine.com

 

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